(Extraits)
Raison, déraison.
Nécessaire à la pensée dont elle constitue l’ossature, la raison permet de procéder avec justesse et mesure, dans l’équilibre de la réalité et du bon sens face aux sentiments, à l’intuition et à l’émotion.
Clé de voûte de toutes les grandes harmonies, la pensée structurée autorise un jugement serein dans la sauvegarde et l’épanouissement de l’esprit, sans parvenir toutefois à effacer l’éclat persistant de l’inexplicable et son voile de mystère. Comme toute chose porteuse de son contraire, elle induit une possible déraison, d’autant plus séduisante, que cette dernière exerce une fascination par son penchant pour le manque de mesure et le goût du risque, la recherche de sensations et d’exaltations diverses, revanche de l’émotion.
Incontrôlable, nourrissant l’imaginaire, la déraison demeure une source féconde pour la création. Elle sacre l’irrationnel, porte du rêve éveillé, laissant naître des envies d’impossible et la transgression d’interdits dans une marche vers l’inaccessible, cet implacable tribut exigé par l’utopie.
Est-il coupable de penser que le grain de folie dont se réclame toute forme d’excès, a bien sa place dans le concert des passions, de la poésie aux contemplations, jusqu’aux marches d’un romantisme devenu la nouvelle chevalerie de l’âme. ?
Devant ce qui échappe à la raison, la démesure se nourrit de l’émotion pleine de vertiges, de forces contraires qui la déchirent. Naît alors un besoin irrépressible de départ, une envie d’aller plus haut, loin de toute réalité.
Il n’est donc pas d’acte déraisonnable lorsqu’il sert la noblesse des sentiments ou une pensée vertueuse, comme tout courage en vient à ignorer trop de raison.
Une étoile m’a dit…
Derniers passants dans le ciel embrasé d’un couchant fait d’ombres délicates qui lentement s’effacent, des songes s’attardent, avant de rejoindre les premiers contreforts de la nuit, épaulant sa solitude.
Dans leur errance, quelques nuages glissent vers les ultimes rougeoiements d’un crépuscule qui les appelle. Il ne restera bientôt de leur aventure que des souvenirs d’orages trop puissants pour être oubliés et de longues échappées sur les ailes du vent. Venue d’un lointain espace, une étoile pleine de mélancolie m’a parlé longuement :
Les pensées sont comme ces nuages devenus les jouets d’un souffle trop puissant. Victimes des dures lois de l’espace, ils fuient sans cesse puis se métamorphosent en reflets sans lendemains, glissant d’un ciel à un autre. Envahissant les rêves, ils deviennent leurs compagnons de route, parsemant le firmament de pâleurs muettes et disparaissant à la première tempête. Depuis cet espace dont nous sommes les plus fidèles gardiennes, nous veillons sur des immensités aux confins de la lumière où ne cessent de naître et de mourir de lointains soleils, suzerains vieillissants, maîtres de galaxies devenues des cimetières d’éternité. C’est là que reposent tous les égarés, les oubliés de l’univers et toutes les richesses qui un jour firent rêver et dont nous sommes l’ultime rappel.
L’étoile a devisé longtemps, très longtemps, oubliant la nuit et les heures qui passaient, me confiant bien des secrets trop lourds à porter.
Sa mélancolie reflétait les beautés d’un monde qui ne doit pas s’éteindre.
Après son départ, je me suis souvenu de ces derniers mots qu’elle a prononcé : Nous les étoiles aimons les histoires qui n’ont pas de fin, celles qu’un un étrange destin réécrit, sans cesse les réinvente, pour les raconter encore. Elles nous ressemblent, car combien savent que l’éclat de lumière, mort depuis de millions d’années, toujours revivra si un cœur vraiment le désire, au nom de l’éternel recommencement.
Soleil tiède
D’un geste délicat et semblant nostalgique d’une autre époque, un soleil tiède de trop de langueurs se penche sur son ombre grandissante.
Sa lumière sur le déclin, illumine une dernière fois l’immensité d’un jardin imprégné d’absences, où grandissent des arbres prisonniers du passé.
Au fond d’un lointain hiver, dérive le naufrage glacé d’une multitude d’épaves, pétries par le froid et parées de scintillements incandescents, griffant de leurs multiples facettes un azur indifférent.
Engourdi par sa torpeur, l’astre caresse d’un geste las, rêves, illusions et leur cortège de gloires éteintes .Nostalgie d’un temps où la grandeur, toute de force rayonnante, réchauffait les corps et les cœurs de ses reflets d’orgueil.
Face au déclin annoncé, les couleurs lentement s’effacent avant de se fondre dans un crépuscule qui de son ombre scellera leur fin.
Un soleil tiède sombre avec ses regrets dans l’océan qui l’a vu naître, vaincu par le doute, la désespérance. Il en est ainsi de toutes les faiblesses. Privées de cette force empruntée à l’audace, comme en toute chose qui grandit et qui peut s’appeler conviction ou courage, les faiblesses enfantent la tiédeur, annonciatrice de tous les abandons, comme des premières démissions. Sous l’emprise d’une défaillance coupable, cet affaiblissement de l’âme, le parcours devient plus rude et soudain l’esprit se trouble, mettant l’esprit en débandade, préparant tous les reniements, au visage de ces morts soudain devenues acceptables.
Croire
Croire et croire encore, sans jamais douter de soi-même, ni des autres. Ne pas s’attarder sur ces choses ou ces personnes devenues d’étranges miroirs ne renvoyant que des masques. Fuir le doute, cette fausse lumière issue d’un passé imprécis comme l’on contourne une grisaille capable encore de séduire, l’amertume devenant fascination.
Croire à la vie comme a une partition unique, porteuse de vérité, ayant su apprivoiser le sablier du temps, jetant autour d’elle autant de passerelles qu’il y a de cœurs en détresse.
N’être persuadé de rien pour être sûr de tout et honorer ainsi une liberté porte de tous les franchissements. Avoir la certitude de ce qui n’est pas mais sera, dans l’irrévérence de l’audace !
Postures téméraires, à la grandeur nimbée de solitude, rencontre de deux déterminations se complétant, indifférentes aux tempêtes, unies dans leur foi de reconquête. Celui qui désespérait devant toutes ces tâches accumulées, ces projets inachevés retrouvera alors, force et énergie issus d’une nouvelle conviction : la foi en soi-même !
Usure
Fille sage de bien des fatigues, tu es aussi l’insidieux fléchissement de l’esprit qui bientôt saisira le corps, prélude à des batailles perdues d’avance. De pauvres combats, souvent inutiles, naîtront alors les faiblesses préparant tous les abandons.
Tu possèdes ce maudit talent propre aux choses qui se défont, se délitant insidieusement dans l’accomplissement d’une régression.
Usure, tu accompagnes les existences, cultivant l’irréversible avec ferveur, imprégnant des vies qui ne t’attendaient pas si tôt, créant des couleurs ayant perdu leur éclat, annonçant de mornes crépuscules.
De la roche tu fais du sable, de ces grains de pierre qui bientôt n’existeront plus que par leur nombre, enfants d’une érosion indécelable dans l’inextricable écheveau d’une conscience tapissée d’oubli.
Triste compagne de perdition des esprits en questionnement, tu es l’intime de ces égarés déjà marqués par la crainte de l’échec, l’opprobre qui les accable.
Préparant bien des débâcles, tu encourages les désertions et façonne les abandons les plus infâmes. De ton souffle encombré de regrets, d’espoirs avortés, tu ronges les liens les plus tenaces, laissant les passions s’essouffler sous ton implacable étreinte, détruisant les édifices les plus orgueilleux en un long et patient travail de sape, tout ton talent !
Seuls peuvent te résister l’amour vrai, bordé d’attentes et la foi devenue conviction paisible, jusqu’à certains rêves trop fous pour t’intéresser. Si, du raisonnable, de l’apaisé, de l’orgueil comme de la suffisance, tu fais ton terreau, face à la vertu, a la grandeur, au courage ,comme devant l’humilité, tu t’avoues vaincue, Dame usure !!
Enfant de l’ombre qui te porte, tu aimes te perdre dans des océans sans nom qui te ressemblent, houles grises d’infinitude, ruminant tant de projets de folles tempêtes, préparant bien des naufrages.
Que sont devenues ces unions au bonheur annoncé, bousculant le temps de leurs impatiences et tombés sous ta coupe ?
Où sont passés les sourires, les promesses solennelles enlaçant des absolus qui jamais n’existèrent, ces aurores tristes tissant des matins amers, sans rêve, et tous ces moments où les meilleurs sentiments s’essoufflent et finissent par mourir.
Usure, toi qui arpentes les vastes plaines de l’abandon, plainte monotone dont le visage sans nom porte la marque de tous les désespoirs, tu inventes le quotidien d’une tragédie banale où même les larmes sont absentes.
Il n’y a pas de pauvres souffrances, seulement une longue marche à la recherche de ce qui n’est plus, en quête d’un monde parsemé de petites morts, dispersant aux quatre coins du souvenir ce qui faisait un bonheur et son histoire.
A l’automne du cœur, tant de feuilles à peine jaunissantes et celles qui ne veulent pas mourir s’en iront, sur les allées insouciantes de jardins indifférents, tapisser de leur dernier éclat un sol encore tiède de l’été finissant, ornant de leurs ors couleur de sang les soubresauts d’une saison qui se meurt.
Premier voyage
Il y a en nous des parcours inachevés, des rêves faits de recommencements qui, parfois nous laissent seul sur un quai oublié.
Avant d’être départ, puis découverte, le voyage est d ‘abord une promesse. Celle de ces attendus tant désirés s’offrant au gré des caprices d’une éternité prometteuse. Naissent alors des émotions faites d’imprévisible, ornées de hasards bienvenus aux fragrances les plus folles menant à toutes les ivresses.
Parfois le destin recule. L’épopée est devenue une aventure tisseuse de temps, faisant des fibres du passé les habits du futur, redessinant des visages au hasard des rencontres, pour que renaissent ces histoires dotées d’une fin heureuse.
Compagne de l’esprit, porte de tous les possibles, la pensée se nourrit de la raison, cette clé menant à des sagesses qui, à l’instar des illusions, sont capables d’embellir le réel. Toute forme de raison devient elle même productrice d’illusions, pour que puisse s’accomplir notre parcours d’homme, et le désir de connaître au delà du connaissable.
Ainsi conforté, le raisonnable prend de nouvelles routes, invente des chemins de traverse, en recherche de ciels parfaits, ignorant la caravane des regrets, ces porteurs de lanternes qui ne cessent d’éclairer ce qui n’est plus.
A la pluie
Un voyage dans les souvenirs réveille parfois des images au goût de pluie encore tiède. Une bruine, vaporeuse comme la plus pure des rosées pose sur le front des feuilles d’automne un ultime baiser, hommage aux derniers flamboiements de l’Automne qu’effaceront les premiers brouillards.
L’ondée, délaissant les nuages, quitte des ciels en perdition pour se répandre sur des paysages déjà vêtus de gris, dans un déferlement surprenant le vol des anges, faisant pâlir le crépuscule.
Les mélodies conjuguées de l’air et de l’eau accompagnent le tendre geste d’un rayon de soleil, les ébats d’une hirondelle. Tristesse du ciel, ondée de l’âme, larmes du cœur tapissant des lointains sans couleurs, divine enchanteresse, la pluie, délicat sanglot des nuées ,mouille de ses larmes tantôt discrètes, parfois violentes ,des horizons en quête d’aventure et des campagnes oubliées, nostalgiques d’un soleil disparu.
L’ondée Automnale, dans un geste tout d’élégance, accompagne l’été en retraite et prépare dans la discrétion l’avènement des jours qui ne connaîtront que la grisaille.
Mois de tous ces déclins annoncés et temps de réflexion, octobre et la pluie son alliée unissent leurs talents en dessinant des paysages habillés d’ors et de pourpre, habille de son manteau de brume une nature devenus frileuse face à l’hiver si proche.
Du silence
Il peuple tous les recoins du monde, jusqu’aux endroits les plus reculés de l’âme, attentif au moindre signal, au plus petit frémissement. Il sait écouter mieux que quiconque, allant jusqu’à faire renaître des bruits oubliés. Que seraient tous ces chants d’oiseaux, ces rires d’enfants sans le miroir de celui qui soudain leur offre l’écho d’images qu’ils n’attendaient plus.
Aimer le silence est un geste ordinaire, une main tendue a la paix de l’instant, face aux grondements répétés de ces marées qui ne cessent de se répandre, vides de tout souvenir, sur des plages désertes peuplées de promeneurs sans visage.
L’absence de bruit orne l’inexistant, tresse des couronnes de gloire à l’absence, réinvente le temps qui s’écoule, fin comme un sable s’égrenant pour ne plus s’arrêter. Le regard d’un enfant, le geste du peintre, l’émotion d’une mère débordent de ce silence protecteur et sacré.
Pour l’enfant, le silence est d’abord une crainte et une interrogation avant que mille petits bruits familiers viennent l’entourer de leur mélodie.
Puis viendront les fugues, les escapades, l’accès au rire mais aussi le chemin des larmes. !
Face à l’hermétisme d’un sujet, le peintre entreprend sa marche solitaire, traçant sur une toile des routes qui parfois se dérobent où au contraire lui ouvrent les bras pour une nouvelle naissance, au terme d’une longue et silencieuse bataille.
L’émotion d’une mère, tissée de tendresse infinie, remplit l’instant d’un sentiment ineffable, sertissant l’amour dans ce qu’il a de grand : l’or ruisselant de lumière des sentiments.
Mélancolie
Tu procèdes de ces multiples et innombrables déchirures de l’âme qui prennent l’esprit en otage, laissant le cœur orphelin de bonheurs éteins.
Ton parfum est fait de regrets, d’errances à l’aune de ces rêves qui jamais ne connaitront d’aurore.
Pourquoi n’es tu qu’un souffle, juste une musique, est-ce pour mieux étouffer des sanglots, taire une souffrance ?
Compagne des marches solitaires, rencontre tardive de tous ces élans bouillonnants de passions impossibles, pressés de s’affronter avant de se détruire, la langueur de ton soupir est l’orchestre triste qui rythme l’écume du temps, voile diaphane couvrant un soleil voilé de folles incertitudes.
Lorsque sur son parcours le pèlerin te rencontre, il s’arrête pour te tendre la main. Devenue sa muse, tu ne le quitteras plus, enveloppant son cœur de tes élans. La lune vous rencontrera étendus côte à côte, dans la grisaille d’une nostalgie qui chante ton nom. Tristesse de l’âme et déroute du cœur, tu trouveras toujours sur ta route un égaré qui t’attendait et ensemble vous mélangerez vos destins.
Il n’y a pas de plus grande peine que celle qui ne porte pas de nom. Mélancolie, sois à jamais l’or fin d’un soleil du désespoir faisant briller une détresse, pour mieux l’orner de l’éclat si rare d’une poésie sans âge.
EVOCATIONS
Adieu Félix
Tu es parti sans un bruit, discrètement, comme l’aura été ton existence, silencieuse et furtive. Je t’appelais l’Anglais car tu fleurais l’élégance et le flegme, portant beau avec ta fourrure marbrée qui t’habillait si joliment, encadrant une frimousse d’où émergeaient deux yeux dorés de rêves de chat.
Tu étais Félix le distrait et le …discret .A l’heure des repas, ton approche de la gamelle, toute de distinction, faisait le bonheur de tes compagnons dont la voracité n’avait que faire de ta délicatesse.
Ce n’est que lorsque tu constatais que le menu se trouvait sérieusement entamé, que tu te mettais enfin à table, en …gentlemen, pour finir aux côtés des traînards parmi lesquels figurait immanquablement ton copain Gaston, le hérisson venu en voisin .
Ta maladie fut surprenante dans sa promptitude et quand je découvris la maigreur qui t’avait envahi, mais que dissimulait encore ton épaisse fourrure, ton regard, obscurci, annonçait l’irrémédiable.
Un soir d’automne, alors que le vent venu de la mer commençait sa longue et morne complainte, une force mystérieuse m’attira au dehors. Dans la pénombre tissée par le crépuscule, tu reposais sur ton plat comme endormi. A l’évidence tu nous avais quitté pour le paradis des chats. Je t’ai enterré dans ton coin de jardin, au pied du cercle des trois arbres que tu affectionnais. C’est là que, chaque matin, se faufilant entre les pins, les premiers rayons du soleil venaient déposer la lumière d’un nouveau jour. Dors mon chat, dors de tout ton saoul, dans cette terre pétrie d’azur, si près de la mer et de ses humeurs que tu redoutais tant.
Te rappelles tu de ce soir de pleine lune où ,appelé par les bourrasques, je partis en promenade solitaire, tard dans la nuit, rejoignant en invité la tempête qui faisait rage, le vent en fureur faisant ployer sous l’ardeur de son souffle tout ce que le cap comptait de pins vénérables et vieux habitués de ses excès. Tu décidas crânement de me suivre, mais au bout de quelques mètres dans une avenue balayée par les bourrasques, devant le grondement d’une mer déchainée qui allait s’amplifiant, soudain, sans raison tu cessas de me suivre. Hésitant, tu as bien tenté de me convaincre de revenir mais devant ma détermination, c’est toi qui soudain fis demi-tour. Tu ne m’accompagnerais donc pas cette nuit là ! Ce caractère bien trempé faisait tout ton charme …
Dors maintenant, reposes toi en toute éternité, à l’ombre des chênes, des mimosas, de ces grands arbres du cap d’Antibes qui tant de fois te caressèrent de leur ombre et acceptes le baiser du vent comme un ultime hommage. Salut Félix !
Du désert.
La vie s’arrange toujours pour vous attendre là où ca fait le plus mal, où la faiblesse est la plus grande, où une leçon est à prendre.
Lorsque l’on tente la reconstruction de son existence, quel que soit l’intensité du cataclysme vécu, on se voit contraint de revêtir divers habits qui ne sont pas toujours ceux que l’on souhaitait porter. C’est ainsi qu’il arrive que l’on se retrouve dans la peau d’un bâtisseur néophyte c’est à dire apprenant à manier la truelle, la pioche ou le marteau comme une infinité d’autres outils, car l’objectif est devenu la restauration d’une nouvelle demeure devenue la sienne !
Cette décision, point de départ d’une nouvelle vie vous met dans la peau de l’architecte d’un navire fraichement découvert, échoué au cœur d’un endroit étonnant et attendant d’être secouru.
Le navire en question avait de charmants volets verts et cachait sous une apparence des plus bienveillantes la promesse d’un chantier titanesque ! La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste, l’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle, nous dit St Exupéry.
Ce qui caractérise l’intérêt d’une soudaine solitude, c’est la découverte graduelle mais jamais décevante, des trésors qu’elle renferme, dès lors que l’on s’est décidé à ne plus regarder en arrière, au moins pour un temps, celui nécessaire à sa propre renaissance.
Lorsque, par ailleurs l’endroit où reposait votre navire échoué figure parmi les plus célèbres pinèdes de France, celle du cap d’Antibes, les choses deviennent encore plus excitantes car c’est le début d’une confrontation avec un univers dont on ne mesure pas tout de suite la force quand à son impact sur la personne.
Puisque on est en train de devenir un autre, cela va devenir l’occasion de faire de nouvelles rencontres, parmi celles ci, il y en a certaines qui s’avèrent particulièrement marquantes , tout particulièrement pour quelqu’un en passe de redevenir poète et peintre : l’ombre et la lumière, le ciel inséparable de la mer omniprésente, les odeurs des pins, du vent, de tout et de rien, le silence ,d’une qualité musicale rare et toutes ces présences plus ou moins visibles ou invisibles qui s’appellent la vie.
Comme autre aspect de cette nouvelle existence, il y a le retour sur soi même, un genre de conversion à une autre manière d’être et agrémentée d’une kyrielle d’attributs devenus plus positifs et qui permettront les échanges les plus fructueux avec tout ce qui précède : l’authenticité, l’écoute , l’humilité et la réflexion. Une véritable jouvence spirituelle et morale capable de transformer un simple bâtisseur en aventurier émérite. C’est après cette conversion là que l’on devient soudain capable d’écouter le chant d’un oiseau avec attention, d’entendre le bruit de la mer qui s’ébat sur ses rochers favoris, jusqu’au grondement du vent à moins que ce ne soit son souffle léger mais suffisant déjà pour apporter quelque message venu de la planète poésie.
Alors que s’installe une sorte de plénitude viennent enfin les longues soirées passées à dialoguer avec les étoiles quand ce n’est pas à converser franchement et de vive voix avec une lune en goguette ,st s’éclipsant parfois derrière un nuage venu là par hasard, lui permettre de faire la coquette.
Il ne faut jamais oublier, dans ces moments là, de remercier les étoiles car elles sont de fidèles compagnes et détiennent ainsi un immense savoir puisé loin, très loin au fond de la galaxie.
De là s’écouleront lentement les années d’apprentissage d’une solitude qui n’en est plus une, car devenue un formidable espace de réflexion, de création et d’échange.
Puis se produiront d’autres nouvelles rencontres, toutes semblables, dans leurs conséquences à un télescopage bénéfique.
A ce moment là l’homme, le naufragé devenu un autre aura fait sa mue pour redevenir un otage de la création et du rêve qu’il sera chargé de transformer en choses visibles tant pour les yeux que pour le cœur ou l’esprit, conditions de sa rédemption.
Ne pas laisser fuir nos attentes, essayer coûte que coûte de les habiller, d’en faire une histoire pour ceux qui n’ont plus le temps de rêver. Je dédie cette pensée de Jean Jacques Rousseau à tous les créateurs, à tous ceux qui devenus prismes, transformateurs d’énergie, magiciens du bien, se dépensant sans relâche pour que d’autres s’évadent et grandissent encore. Même après les plus terribles naufrages, les plus éprouvantes épreuves, place reviendra toujours à l’espoir, à la vie et finalement à l’amour partagé.
Elégies sous le soleil
Mais où est donc passé mon public, toutes ces belles tables d’amis fidèles, applaudissant à mon talent, admiratifs ou semblant l’être ?
Que sont devenues ces rencontres que j’ai vécu imparfaitement ou trop vite, pressé de croquer dans une vie qui me tendait fiévreusement ses faveurs.
Après les moments de gloire, la douceur des louanges et autres parfums de réussite, ceux que je considérais comme les plus fidèles ont disparu ! Je pense encore, non sans nostalgie, à toutes ces opportunités qui se multiplièrent comme autant de fleurs attirées par les beaux jours, comme à ces rencontres inutiles, souvent peu indispensables ou tellement superficielles mais parfois tellement décisives, malgré leur insignifiance apparente, au hasard d’un agenda fou menant à des promesses vîtes oubliées.
Tout a disparu, comme après une collision dont il ne resterait longtemps après, que le bruit assourdissant et d’innombrables débris en forme d’agendas vides, de lieux de vie désertés, de proches, très proches devenus soudain lointains .Je suis devenu un corps perdu, dérivant dans l’espace de ses rêves avec derrière lui les morceaux éparts d’un vaisseau démembré.
Dans le vide qui s’attarde devenu mon refuge, quelques rares traits de lumière se faufilent paisiblement, franchissant les volets clos d’une maison qui n’a pas encore de nom ,pauvre navire m’attendant ,solitaire.
Je ne cesserai de penser que c’est elle qui m’a découvert, plus que je ne l’ai trouvée, cela avec la complicité du destin portant un nom d’homme : André. Il se reconnaîtra et je lui rends hommage. La maison ou le bateau, selon l’état de la mer ont su très vite me séduire et nous sommes devenus très intimes, en délabrement comme en solitude, et c’était bien ainsi !.Les plus durables des complicités ne naissent elles pas de détresses soudainement partagées.
Depuis la pièce où je goûte aux bienfaits de la pénombre, j’observe le silence, essayant de trouver un visage au temps, au silence devenus des étrangers, cherchant la nouvelle couleur pour une planète à réinventer.
La clarté qui vient à ma rencontre se compose de minces faisceaux habités d’une multitude de grains de poussière, prodiges de l’apesanteur donnant à l’instant une solennité, des contours magiques. Je suis bel et bien naufragé et rescapé à la fois. Et si ces rayons de lumière m’étaient destinés ? La pénombre de cette pièce me sied ! Je m’étends de tout mon long sur un matelas sans âme et m’applique à dresser un bouquet fait de regrets, de peines diverses, d’enthousiasmes éteints, un bouquet parfumé d’émotions. ! Il trônera dorénavant devant moi, rappel sans gloire, en quête d’oubli. Le poète qui n’est jamais bien loin s’occupe de l’emballage en forme d’écriture : Dans les petits matins gris qui sentent le malheur, les soirs remplis de tristesse, les larmes noient toute pudeur, toute dignité, un peu comme dans les joies profondes...’
Longtemps après mon installation, l’épreuve s’est transformée en une douleur sèche, de celles qui durent, ne faisant plus tousser le cœur mais l’étouffant lentement, avant de gagner l’esprit pour une noyade promise.. D’autres moments, plus féconds m’aideront a respirer par le truchement de divers subterfuges. L’Art, plus exactement la peinture, puis la poésie me sauveront de ce qui survient après toutes les collisions : la déraison, cette version pathologique du désespoir ou d’autres formes de mort, lente, rapide, au choix, ou pas ….
Pour en sortir et guérir, il reste par delà l’envie de vivre, le besoin de créer pour certains, d’aimer chez d’autres, parfois les mêmes ou mille autres gestes tout aussi nobles. Et puis arrive l’idée salvatrice, créer du temps entre…l’endroit où gît l’échec et les plaines fertiles qui attendent d’être visitées avec leurs promesses d’infini.
Je fais une pose, tout s’éteint, plus de pensées moroses, plus de solitude. Au dehors, le ciel a viré au bleu profond, préparant le soir proche. Les chants des cigales se sont tus, pour faire place au vent du large ou à rien, en forme de silence.
Chaque journée, chaque instant est unique et ne se répètera jamais de la même façon. Tout est transformation permanente, alors que les vécus nous habillent de leur lumineuse profondeur.
Dehors, face à la mer, au désert, naissent et meurent d’autres jours, de nouvelles aventures, d’autres perditions, alors que règne toujours la même grandeur qui nous échappe, déguisée en solitude.
Ainsi se déroulaient mes pensées, sous ma douche de tristesse quelque part dans le Sud… !
Contemplation
Il est midi dans la pinède. Le bleu d’un été sans fin se répand jusqu’au fond de l’âme, réchauffant les cœurs et les corps .L’ardeur du soleil à son au zénith remplit l’atmosphère d’une douceur sans nom. Dessinant l’horizon, la mer semble assoupie, en répétition des grandes siestes estivales à venir. Pour ne pas être en reste, la lumière s’empare de l’instant avec force, mariant ciel et terre pour des noces estivales.
Tel un jardin suspendu dans la mer, le cap d’Antibes se laisse envahir par l‘ardeur des mimosas qui, de leurs jeunes et fougueux bataillons, habillent d’ors printaniers une nature consentante.
Je t’observe à la dérobée. Ta silhouette, toute de nonchalance est revêtue de cette grâce évanescente propre aux être aimés, laissant derrière elle un parfum de tendresse Tu lis, confiant ton corps alangui aux bras d’un vieux fauteuil.
Ta beauté te précède, faisant battre mon cœur. La lumière joue avec tes traits, les redessinant comme pour y apporter une note de séduction supplémentaire, mais inutile. Tu es belle !
Des quelques fines rides barrant ton front des pensées s’échappent. On les devine profondes et aériennes, engendrées tant par la gravité que par le rêve qui t’habite, alors que tes cheveux aux reflets d’or encadrent ton visage pour en faire un portrait rare …
L’instant, divin rappelle l’oiseau de paradis buvant à la fontaine des songes dont nulle eau ne s’échappe.. La tendresse qui soudain t’enveloppe, tel un songe éveillé, me laisse interdit de bonheur. Alors, secrètement, je te contemple encore et encore avant de me laisser vaincre par une douceur qui se répand en moi et qui t’appartiens Le temps s’est arrêté, le vent de la mer s’est tu, l’univers sous ton charme ne cesse de se remplir d’étoiles qui te ressemblent .
Solitude
Le plus curieux dans les étranges déserts que nous rencontrons au détour de quelque route méconnue, c’est qu’ils sont déjà pleins de monde. Mais personne ne voit personne. ! Nous ne recouvrons la vue que le temps d’une grâce, d’une rémission nous faisant découvrir dans l’oasis attendue, un peu d‘ombre et la soudaine présence qui vous réconfortera de sa propre histoire.
On marche en plein dénudement uniquement guidé par son cœur, avec l’esprit pour gouvernail, en se laissant pousser par ce que d’aucuns appellent pieusement le vent de Dieu Merci Théodore Monod !
On marche avec sa peine, cette compagne de tous les instants, plus fréquentable que la douleur car plus supportable.
Vient la souffrance, un mot grave, porteur d’une peine immense, irréversible parfois, laissant alors des blessures inguérissables car trop profondes. Un mot
a manipuler avec précaution et prudence, avec cette considération que l’on ne manifeste que devant les choses incompréhensibles ou qui nous échappent faute d’attention, mais dont on mesure confusément la force, l’intensité ou le…danger, tout comme l’étrangeté. La douleur contient tout, même du bonheur en sommeil attendant de renaître. Elle renferme la semence de l’espoir après le sacrifice et puis un jour, elle lève le siège de l’esprit, s’envole du cœur, déserte l’âme, entraînant dans son reflux devenu un cortège de larmes, toute sa morne cour. Après le brouillard du tourment revient un pan de ciel, puis le ciel entier, tout de bleu vêtu. Il y a même, dans ces moments là un arc de couleurs, cadeau de l’invisible ! C’est la fin d’une solitude, car au bout du chemin, on est enfin attendu et pourtant, que de choses perdues, dont on ne saura jamais si elles seront compensées par d’autres trouvailles, ou rencontres .Alors, la solitude une leçon de vie ? Oui, si on est prêt à en payer le prix, sans amertume ni regret, car elle sera alors un état que l’on aura choisi, une forme de liberté.
Savoir…
Savoir, au crépuscule d’une vie que l’étonnement est encore une chose possible a quelque chose de réconfortant. Il y a le rattachement à l’enfance, le refus de vieillir ou plus simplement l’envie de ne pas se laisser prendre en otage par un corps de plus en plus exigeant. Le savoir est une surprise permanente qui continue à ouvrir des portes donnant parfois sur le vide mais qui devaient êtres poussées…ne serai-ce que pour le courant d’air salutaire envoyé d’un bout de ciel aux aguets.
Étonnement rimant avec questionnement, l’un étant inséparable de l’autre je n’ai cessé de m’interroger sur ce que pouvaient bien avoir à dire des choses, des inexistants. Quelles seraient leurs histoires ?
Ce qui compte, c’est d’avoir été, et pour cela il faut avoir aimé ! Amour insensé, immesuré, amour impossible ou grandiose de dépassement, au fond peu importe !On est riche de ce qu’on a quitté ! Adieu passions blafardes, corps fatigués et toutes ces promesses non tenues.
Le temps est un joueur de toupie qui spécule dans une taverne .L’objet suit sa courbe et d’un coup, on ignore d’ailleurs pourquoi, elle est frappée d’une légère secousse intérieure qui la fait dévier !C’est trois fois rien mais elle en modifie son parcours pour revenir s’arrêter sur un chiffre que l’on croyait perdu ,oublié, le mien ( Une journée chez Epicure)
A la lente fascination pour le vide répond l’ignorance du néant qui nous fait oublier jusqu’à ce que nous sommes.
Les jours…
Les petits jours ont parfois des aspects grisâtres résolument tournés vers l’après ciel, fâchés avec la lumière, avec les couleurs, reniant le soleil. Les matins sans éclat sont à l’aune de ces soupirs qui encombrent la voix jusqu’à la rendre inaudible. Dans ces moments où l’esprit hésite, tombe une pluie malade de sa propre tristesse, ne laissant que des âmes détrempées. Naissent alors des envies d’évasion, de lecture, de fuite ou de révolte. L’air, rempli de senteurs diverses exhale des parfums devenus présences, face au vide qui menace.
Certains jours, le soleil titube devant l’ombre, la lumière hésite…le temps s’égare ! La nature tente une dernière séduction, jaunissant les feuilles, inventant des brumes matinales voilant collines et vallons de leur apesanteur. Le silence s’est réconcilié avec la solitude, la lumière avec l’ombre, afin qu’une belle journée d’automne puisse grandir, sous le regard du temps.
Devant l’inéluctable retraite de l’été, se répand une lumière nouvelle, entre rêves et regrets bâtissant un autre jour.
Le talent d’une pierre
Le cœur d’une pierre renferme toute la mémoire de l’univers .Il raconte avec une fidélité remarquable toute la marche du monde, d’un rocher solitaire à la mer de sable, des pavés d’une ruelle aux falaises bordant l’océan. Son histoire aux accents d’infini en fait le témoin du souffle originel. Depuis l’horizon apaisé, la pierre engendre de séduisants et tendres rivages dont l’orgueilleuse infinitude veille des paysages déserts. Dans les mains de l’homme, elle se transforme pour grandir encore, jusqu’a devenir symbole. Elle est le jalon de l’aventure humaine, accueillant le pied du pèlerin, supportant le sabot des attelages, redevenant poussière ...
Devenue la compagne des nuages par le talent et la foi des bâtisseurs, elle chante des élans ne cessant d’implorer le ciel, ultime envolée de toutes les prières et apothéose des plus ferventes suppliques. Prières Gothiques ou temple mystérieux, elles sera devenue l’étape finale du talent, son sublime aboutissement. Sentinelle impavide face à l’exode des jours, des printemps trop jeunes pour mourir aux Automnes couturés d’ors et de pourpre, elle reste le baiser muet d’un monde rempli de silence, beau comme un recueillement. Parler d’une pierre de rue c’est évoquer, en revanche la tristesse monotone d'une destinée sans élan au service d'un univers ordinaire. Talent de l'effacement né de l'insignifiant, anobli par l'humilité consentie ou subie et parfois' première pierre 'des vraies grandeurs.
Devenue mur, trottoir, édifice, toute pierre oublie son passé pour appartenir à une autre histoire, en devenant l’essence d’un monument, la toile d’une rue, le maillon tangible, taillé ,ajusté, pour s’assembler à une autre pierre et finir en monument triomphal ou en horizon. L’une d’elles, un jour me parla longuement. Elle me raconta son existence, après avoir pris la place qui lui était assignée, au cœur d’un mur de très belle apparence...
On s’est approché de moi tant de fois sans me voir, on s'est adossé, me couvrant parfois d'étranges signaux, mais jamais personne n'a voulu me parler, ni même me caresser.. . Je n’étais pas, je n’existais plus, j’appartenais à quelqu’un d’autre… a un mur, avec toutes mes semblables, résignées comme moi. Puis je me suis ressaisie décidée à ne pas mourir emmurée sous un ciel indifférent et un jour, j'ai réussi à saisir le regard d’un passant. Alors je lui ai crié ma détresse, ma solitude, tout en lui racontant mon histoire ‘Caresse moi pour me prouver que j’existe, enlève moi’ telle fut mon ultime supplique.
A mon grand étonnement, le passant un peu surpris mais intrigué, posa sa main sur moi et me répondit :Tu évoques des tourments dont j’ignore tout. Pourtant, toi qui fais partie d'un grand et beau mur tu devrais être fière d'être là, d'être utile! Je lui répondis sans me démonter : Je viens de jours grisâtres qui n’en finissent pas de s’éteindre et suis la survivante, l’ultime audace d'une intemporalité qui a fait de moi une sentinelle oubliée, le vestige d’un monde qui n’est plus et l’esclave d’un mur sans âme .Oublie mon apparence ordinaire, mon silence et la grisaille qui me ronge et ne vois que ce que je suis, un morceau du temps aujourd'hui asservi. Aides moi passant qui a pris le temps de s'arrêter devant moi, aides moi à m’échapper ! On dit qu'un mur vénérable est à la recherche d'une pierre qui se serait échappée...De l'orifice témoignant d'un départ inopiné et ressemblant à une blessure s'échappe comme un souffle, chant de souffrance d'un vieux mur blessé ou soupir d'allégresse d'un évadée...
A un ami disparu
Te souviens tu Laurent de cet endroit oublié de Balagne où sommeille, sous l’éclat du soleil Corse, une épave faite de vieilles pierres devenues muettes, jalonnant le maquis de leurs éclatements finement travaillés par le temps et le vent du large, son complice.
C’est ce qui reste d’un village abandonné, Odgi, un endroit hors du temps, dont nous partions à la rencontre avec le respect qu’inspirent les lieux ‘habités ‘par la mémoire . C'était un rendez vous de solitude, où pouvaient naître toutes les aventures .Il fut témoin de nos incursions au terme de ces randonnées à flanc de colline à la recherche d'un abri, ultime ressource pour échapper aux colères d’un vent maître des lieux.
Gigantesque promontoire dominant la mer, un vaste plateau permettait d’embrasser l’horizon, de la baie de Calvi à l’Ile Rousse, donnant au regard des goûts de vertige. Cet endroit, sous le soleil exactement, au relief tourmenté et sauvage ,respirait la grandeur de ces lieux dont on pressent qu’ils sont peu ordinaires ,accueillant les restes de ce qui avait été un hameau corse aujourd’hui oublié. Odgi était maintenant la propriété du silence. et de la solitude, du ciel et des roches aussi! Ceux qui habitèrent ici, il y a bien longtemps, disposaient d’un des plus beaux panoramas de l’Ile et seul l’isolement du lieu et sa rudesse eurent finalement raison de leur acharnement a vivre coupés du monde. Odgi s’éteignit un peu à l’exemple de ces vieillards Africains qu’on laisse s’éteindre ,loin de tout, dans la dignité.
Seule une mémoire déférente et curieuse offre ce privilège, quand le sujet y invite avec force, de renouer avec des images intactes permettant un retour dans le passé riche d’émotions et de poésie .Ce qui n’était plus revit tout à coup au détour d’un sentier, à l’ombre d’un vieux mur ou simplement grâce à la musique du vent caressant des pierres devenues orphelines du temps . En pensée, je marche à tes côtés, cher Laurent, dans cet endroit peuplé de senteurs rares qui vit s'épanouir notre amitié de jeunesse, là où une brise marine, montrant sa force ,secoue sans ménagements les pousses de maquis avant de s’engouffrer en gémissant dans l’ombre muette de vieilles pierres devenues la mémoire du temps..
Il est certains lieux à l’écart du monde qui sont imprégnés d’esprit, offrant au voyageur des trésors de poésie, où l’indicible, habillé de silence, se raconte pour ceux qui veulent bien l'entendre.
Tu aimais m’emmener sur cette hauteur qui était aussi ta terre , toi le natif de cette île, impatient de me faire partager ta soif d’évasion et la fierté de ton rêve de solitude ,m’offrant ainsi une communion sans pareille avec les acteurs d’un théâtre éternel, le vent ,la mer et la lumière et ce parfum de Corse sans égal!. Dans mon cheminement de mémoire, une multitude de petits détails me rappelle l, en ces lieux, l’existence du mystérieux, d’un invisible qui aurait, à grands coups de serpe, façonné le paysage, créant même des sentiers perdus.
Sur une colline inspirée et muette, se défient les forces d’une nature vierge. Enfantée par la grandeur et veillant sur le naufrage monumental d’un village mort sous le soleil ,elle veille jalousement sur une montagne devenue son jardin secret .De là où tu reposes, je sais que tu veilles sur ce qui fut notre terre d’aventure, cher Laurent. Un jour peut être m’égarerai–je à nouveau, un peu, beaucoup, en ces lieux hors du temps, poussé par un vent malin sur des traces qui furent les nôtres . Morceau d'éternité avant l'heure.