Jadis, belle et courageuse jeune fille, Floralya était de par sa naissance, une descendante directe des Crysèmes, une race d’êtres merveilleux aujourd’hui disparue. Elle en était la dernière représentante et l’ennemi n’était alors plus très loin.
Les cheveux sales, les vêtements déchirés, les pieds nus et le souffle court, elle courait, sautait, trébuchait pour Lui échapper. Elle sentait Sa respiration chaude et fétide sur sa nuque, elle entendait Ses grognements et Ses râles à vous glacer le sang.
-Tu ne peux pas te cacher… Mais court ma belle, le jeu n’en est que plus amusant, ricana-t-il, entre deux foulées.
Elle ne se retourna pas ni se s’arrêta, car elle savait que si elle perdait l’allure sa vie s’envolerai aussi vite que ses pas sur le sol fangeux des sous-bois. Mais son poursuivant était véloces et semblait inépuisable, tandis qu’elle avait de plus en plus de mal à tenir la distance…
-Je… je ne peux pas abandonner…, se dit-elle. Pardonnes-moi p…père. Mais je sens que les forces m’abandonnent… Je…
Elle s’écroula. Elle pleura. Elle pria.
L’ombre s’allongea vers elle. Les feuilles crissaient sous ses pas et l’astre solaire même semblait comme aspiré par cette chose. Ce démon venu des cavernes les plus sombres et les plus profondes. Cet être qui ne trouvait sa joie que dans la mort et la souffrance. On l’avait réveillé de son sommeil millénaire et il était temps pour lui de reprendre ce pour quoi il avait été créé… Tuer…
Bien des légendes ont été contées, bien des récits. Et ils s’accordaient tous sur le nom de la bête : Perfidros, le Mangeur d’Ames. Né du sein de la Terre, enfanté dans le feu.
Il avait commençait sa triste besogne voilà trente années, massacrant et tuant les seuls individus capables de mettre sa vie en danger, les Crysèmes. Et cette jeune fille qui venait de s’écrouler était devenue son seul et unique objectif, car après sa mort, il n’aurait plus rien à craindre et pourrait régner en maître.
-J…Je vous en supplie, implora-t-elle.
-Chuuut, grogna-t-il, je vais faire en sorte que tu ne souffres pas plus que ton gentil papa, promit-il en souriant, révélant une cavité sans fond d’où l’on pouvait presque entendre les cris d’agonie des centaines de millier de mortels qui avaient été dévorés.
Floralya, dans un dernier effort de volonté et sans doute résignée à voir la mort l’emporter dans ce bois humide, rassembla les toutes dernières forces qui lui restaient, chercha au plus profond d’elle-même les plus infimes parcelles de magie et cria…
*****
Elle se souvint de la chose que lui avait apprise son père peu avant de mourir. Etendu au milieu des débris de sa demeure, les hurlements des habitants résonnant tout autour d’eux…
-M…ma fille…
-Ne bougez pas père ! Je vais nous sortir de là et nous nous irons nous cacher ! Je connais un endr…
-Non…Ne t’en fais pas pour moi ma fille. Il toussa, laissant couler un mince filet de sang le long des commissures de ses lèvres. T…toute ma vie j’ai redouté ce moment et voilà que… Il toussa encore. Voilà que maintenant mon dernier espoir réside en toi…
-Que voulez-vous dire ? -Ecoute moi et retiens chaque…chaque mot que je prononcerais car…car je ne pourrais te les redire…
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Tout en se concentrant sur son énergie, Perfidros lui, continuait à avancer. Il n’était plus qu’à quelques enjambées de Floralya.
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Floralya se pencha et écouta les paroles de son père. Des paroles qu’elle n’oublierait jamais.
-Il y a de cela des milliers et des milliers d’années,…
Et il parla et parla jusqu’à ce que son cœur cesse de battre. Il parla de la terrible malédiction des Crysèmes, pour leurs péchés et leur arrogance. Et il parla aussi du seul moyen de la rompre : tuer le Mangeur d’Ames.
-Ce sort te demandera d’aller puiser au plus profond de toi et d’y tr…trouver le vrai pouvoir. Si tu y parviens, tu prononceras les trois mots que je vais t…te dire. Mais n’oublies pas, t…tu pourrais en mourir… Tu n’es pas préparée à affronter une telle chose et la magie doit être maniée avec la… la plus grande prudence… Notre dernier espoir réside en toi ma fille, et si les dieux sont avec nous…
Il eut un spasme, toussa une nouvelle fois mais continua.
-Je crois en toi ma fille, et quoiqu’il arrive, je serai t…toujours fier de toi. Approche-toi encore un peu… Les trois mots, que tu devras utiliser au moment où…où… Le temps me manque ma fille… Je t’aime…
Et dans un dernier souffle, il prononça l’incantation. Un murmure à peine audible pour des oreilles non exercées. Mais Floralya était une Crysèmes, et en tant que telle, elle distingua parfaitement les dernières paroles de son défunt père.
*****
-FALETIS IN ETHERAES !!!!!!!!!!!
Il ne se passa rien. A part un voile noir qui couvrit les yeux de la jeune fille, juste avant que les ténèbres ne l’emportent et qu’elle s’évanouisse.
-Sorcière, tu pensais vraiment pouvoir me vaincre aves tes quelques stupides paroles, ricana Perfidros. Maintenant tu es morte et ton âme m’appartient !
Le silence. Un grondement sourd. Un tremblement ininterrompu. Une bourrasque glacée. Une lumière aveuglante. Des éclairs vert-bleu. Une terrible chaleur. Un cri.
Le silence.
Il ne restait rien du bois. Les arbres centenaires avaient disparus. Le sol, jonché de feuilles, parsemé de fougères et de champignons multiples, était parfaitement lisse. Seule une tâche rougeâtre ressortait de ce tableau apocalyptique. Elle bougea. D’abord lentement… La puissante magie qui avait déferlé n’avait pas réussi à la terrasser et la tâche se releva, non sans mal, en poussant un léger grognement de douleur.
Perfidros avait disparu, et Floralya ne ressentait plus sa terrible aura maléfique. Elle avait réussi. Elle avait survécu.