De la Table au Lit
La bouteille de Saumur vide trônait sur la table de la salle à manger entre Richard et Liz, qui l’en retira d’un geste vif et étonnement précis, compte tenu qu’elle allait la ranger au pied de sa chaise, à côté des cadavres des deux Gamay qui l’avaient précédée. Elle ordonna que Richard se rendît enfin utile en ouvrant une quatrième fiole et il se leva promptement pour s’exécuter, autant pour ne pas déclencher une interminable argutie quant à son indolence ménagère que par envie de goûter le Saint Emilion qui achèverait de le rendre sourd aux plaintes incessantes de sa femme. Liz accueillit le son du bouchon surgissant du goulot par un tonitruant « alléluia », qui arracha un sourire à Richard. Il les servit debout, se tenant à la table d’une main tandis que de l’autre il veillait à ne pas dépasser la dose prescrite par la hauteur des verres.
- Tu m’as détruite, salaud ! Lança-t-elle soudain dans un souffle qui aurait plongé une mouche dans un coma éthylique, eût-elle l’imprudence de croiser son haleine.
- Je sais, je sais, grommela-t-il sans pour autant se détourner de sa tâche d’échanson.
- Tu mériterais de finir en enfer pour ce que tu m’as fait, continua Liz en saisissant le verre qu’il avait rempli pour elle.
- Et je t’y attendrai patiemment, mon cœur ! Lâcha Richard avant de se rasseoir bruyamment sur la chaise qui manqua de partir à la renverse.
- Fais le fier, mon beau, mais tu ne l’emporteras pas en paradis, je te le dis. J’étais belle, moi, et j’aurais pu avoir n’importe qui dans mon lit, plutôt qu’une chiffe molle comme toi.
- Nous y voilà ! Madame méritait mieux et Madame ne se souvient que de ça. Mais j’ai meilleure mémoire que toi et je pourrais te la rafraichir si tu continues sur cette voie. (...)