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- Ah oui ? Mais ne te gênes pas mon grand, apporte-nous tes lumières. J’ai hâte, Cœur de Lion, je n’y tiens plus : accouche !
Richard hésita un instant. Tout d’abord, l’alcool, pour avoir levé toute inhibition, ne le rendrait pas nécessairement très performant dans l’art d’asséner des vérités bien senties. Ensuite, il faudrait bien vivre encore un temps avec cette femme dont il partageait depuis cinq ans la chute irrémédiable. Enfin, et surtout, si l’idée même de lui fermer le clapet d’une saillie définitive l’enchantait au-delà du dicible, le reste de la flamme qui les avait consumés en un temps trop lointain l’empêchait de vouloir vraiment nuire à Liz.
- Tu n’as rien dans le ventre, conclut-elle au terme de ce silence.
Résignée une fois de plus à ne rien tirer de cet ersatz d’homme dont elle s’était entichée voilà vingt ans, Liz avala son verre et le reposa bruyamment sur la table. Ce geste inélégant faisait partie du rituel de dénigrement d’elle-même qu’elle avait amorcé depuis si longtemps qu’elle en oubliait ce qui l’avait motivé. Aux premiers signes du vieillissement de son corps, temple dont elle n’était que la vestale, étrangère à elle-même dès que l’adolescence l’eût confrontée au désir des hommes, elle avait ressenti un vide abyssal, un appel à l’autodestruction rapide de ce qui ne saurait se corrompre sans la priver de sa seule raison d’être. Mais elle ne s’était pas résolue à mourir, comme elle l’avait programmé crânement à vingt ans, lorsque l’âge et les abus de toutes sortes qu’elle imposait depuis à son métabolisme eurent raison de ses charmes.
Richard était un sémillant jeune homme lorsqu’elle décida de mettre avec lui un terme à dix années d’errance sentimentale, parsemées d’amants dont elle aurait voulu oublier jusqu’au nom.
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