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Edwige Renée

Le mal a dit
un texte de :

"Quête de sens" : La douleur et la femme : la (re)naissance d'un traumatisme

Les personnes souffrant du syndrome fibromyalgique expriment le vécu d'un phénomène/événement déclenchant : accident, agression, rupture affective, divorce, perte d'un être cher ou perte successive d'êtres chers, surmenage, stress intense…
Ne serait-il pas plus juste de dire qu'un événement violent a fait ressurgir les "démons du passé" ?
Pour ma part j'émets une hypothèse complexe : le déménagement lié à la construction de notre pavillon, associé à la reprise de mes études, facteurs d'anxiété, de peur de l'échec, de surmenage et de peu de sommeil, ont réveillé les traumatismes refoulés de la petite enfance qui se sont exprimés par une douleur corporelle.
Tous les verrous usés, des angoisses enfouies et des peurs nocturnes contenues par la petite fille aux antécédents familiaux dépressifs et à une forte prévalence à l'anxiété, ont sauté et leur rouille a souillé l'image brûlée de la pureté.
Puis une nouvelle femme est née ; la douleur exprimant aussi le manque d'expression ou d'acceptation de cette nouvelle féminité.
La problématique de la douleur et de la femme est me semble-t-il, plus précisément, celle de la douleur qui a pris naissance lors d'un traumatisme et qui fait prendre conscience de la condition de la femme.
Mais laissons place à l'expression "poétique" hypothétique :

Et si
Les douleurs du syndrome
Etaient le complexe symptôme
Porté en sa chair de femme
Dans la féminité de l'âme
Du combat entre le besoin de dénoncer
Et la volonté de pardonner
De la dissonance empathique
Et de la congruence emblématique
Du paradoxe émotionnel
De l'authenticité inconditionnelle
De la capacité contrariée de s'immerger dans la subjectivité d'autrui
Du poids du non-dit stocké, archivé dans la mémoire de l'oubli
Du mal de l'autre
Du mal des apôtres
De la souffrance féminine ancestrale
Enfouie au cœur des générations familiales
De l'amour déchu, déçu ; de l'amour sali, enfoui ; de l'amour bafoué, accidenté, tué

Et si…
Et si ces douleurs
N'exprimaient que la peur
L'angoisse des nuits
D'une enfance meurtrie
En écho aux traumatismes
Véritables séismes
Par l'adulte, abandonnée
Par un proche, blessée
Et si par mes douleurs
Vivaient celles de ma mère
Transmises par coeur
Par perte d'un être cher
Partie en guerre
Contre la folie
Et l'absurdité de la vie
En insatiable guerrière
Et si ces douleurs
N'étaient autres que le cri
Refoulé par ailleurs
D'un amour secret et enfoui
En écho aux désirs
Aiguisés par mes sens
En miroir à l'essence
Distillé du plaisir
Et si, et si.
Et scie la branche
De la vérité qui tranche
Sur laquelle je suis assise

PANTIN
Tel un pantin
Une invisible main
Tire les fils des méridiens
A en hurler comme un chien
Les noue, les tend
A m'en faire serrer les dents
A en perdre la main sur mon destin
A en perdre la dignité d'être humain
Ne pouvant rester debout
Mais couchée ou à genoux
Sans espoir sans lendemain
Alors tel un perroquet
Je répète les mots sur le papier
D'année en année
Pour sublimer
Pour tenter d'effacer les maux
Les petits, les mauvais, les gros
Les laisser glisser
Le long de l'encre viciée
Reprendre la main sur mon destin
Retrouver la dignité d'être humain
En restant assise au moins
La tête entre les mains
Pensant à Rodin
Et pouvoir me regarder demain

SOMMEIL
Il est cinq heures
La maison dort
Encore
Il est six heures
Je n'ai plus sommeil
Il est sept heures
Plus de sommeil
Réparateur
Alors l'idée a germé
De ne pas me recoucher
Pour inverser la vapeur
Mais comment m'occuper
Pour lutter contre la fraîcheur
De ce matin pluvieux d'été
Contre les paupières lourdes
Les yeux brûlants et troubles
Le corps engourdi
L'inspiration en berne
Des pensées ternes
Mon amour en vacances parti
Le sommeil désorganisé
Les émotions court-circuitées
Les perceptions sensorielles
En perte émotionnelle
Mon cœur en veille
Tisse ses sentiments en treille
Pour une future vendange
Du fruit de mes rêves d'anges
Ma plume hésite et cherche
Les mots péchés au bout d'une perche
Trempée dans l'encre de la douleur
Sourde et tapie à faire peur
Qui attend son heure
Il est déjà huit heures
La nausée du petit matin
Au creux des reins
Après la tentative de lutter en vain
Contre la fatigue désaccordée
Et l'arrivée de la faim
Me re-glisser tout de même
Sous la couette, blême
Au chaud, seule
Dans mon linceul
De solitude apprivoisée

E.P.S. ET CURE THERMALE
E.P.S.
Sur un tapis ou en piscine
3 petites lettres en liesse
Menées par Francine
Mouvements, étirements
Jeux pour l’endurance
L’exercice du moment
Eloigne la souffrance
Mais avec les bains à remous
Et la boue thermale
Je suis fatiguée, à genoux
Mon corps mis à mal
La mémoire ne ment pas
Elle crie le soir ses tensions
Et ses inflammations
A deux doigts du trépas
Comme si notre seul salut, passait
Par ces épreuves, dignement supportées
Par ce rite de passage, l’immortalité
Comme substitut au mal, effleurée
Mais les brûlures m’enveloppent
Les douleurs galopent
Du cuir chevelu aux orteils
Empêchant de venir le sommeil
Le volcan de souffrance rugit
La lave coule inexorablement
Les larmes glissent lentement
La vapeur salée m’engourdit
Le souffle court, les muscles tendus
Mon enveloppe corporelle hypersensible
Me tirent vers les contrées trop bien connues
Du désespoir, prenant mon âme pour cible
N’aurais-je pas encore une fois
Au-delà des limites, pousser mes efforts ?
Sans écouter de bonne foi
Les signes adressés par mon corps
Il faut alors me raisonner
Je sais au moins pourquoi j’ai mal
Pour un bien demain, aujourd’hui ce mal
C’est le principe de l’effort récompensé
L’activité physique ressentie traumatisante
Contribue à terme à réduire les douleurs
A favoriser le sommeil réparateur
A casser la spirale d’une vie épuisante
Par l’écoute positive de Francine
Par la bonne humeur, la convivialité
Le plaisir de se retrouver
L’effet de groupe nous fascine
Le plus - pleines d’émotions -
Les séances de relaxation
Pour gérer le tout par la respiration
Et le relâchement des tensions
Apprendre à agir positivement
Sur le mental et vigoureusement
Le bien-être du corps donnant
Sérénité à l’âme et réciproquement
Face à ce concept holistique
Je me réfugie dans la  musique classique
Mon cœur touche à la beauté divine
Mon esprit vole, mon corps se discipline
L’émotion des violons me submerge
Transporte au loin dame douleur
Qui épouse sur l’autre berge
En rêve, la mémoire du bonheur

CONCLUSION
Face à l'immensité de la mer, laissant exprimer ses sens,
mon cœur s'enivre du soleil de la rose d'automne.
Il sait que l'inventaire de ses poé-cris suinte de pessimisme,
mais il fonde ses espoirs sur l'apprentissage d'une nouvelle écologie de vie
dont les maîtres soignants, qu'ils en soient remerciés,
permettent le maintien de la vie professionnelle.

© Conselia 2009

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