Chapitre 1 :
1 Octobre 2006, Orly ouest 8h30,
Orly, jolie fourmilière d’une grande métropole.
Les gens se croisent, poussent un chariot grotesque sur lequel trônent des bagages, ils courent dans tous les sens.
Marc est un homme pressé arrivant d'une petite ville de province, costume sombre, chemise blanche (sa couleur préférée) .Il doit courir pour récupérer ses bagages et porte une sacoche contenant son agenda, son ordinateur et son book de travail.
Dans l'avion, il a eu le temps de jeter un œil sur son planning de ces quelques jours de travail, entre deux trous d'air et un regard furtif et rapide sur l'hélice du moteur gauche du petit avion faisant la liaison entre Rodez et Orly.
Lorsqu’on l’interroge pour savoir s’il a peur en avion, il répond par la négative, en fait, il sait que tout peut arriver ! Certains de ses collègues prennent l’avion à Toulouse pour éviter de prendre ce petit coucou. Pour Marc, il est inconcevable de prendre la route pour éviter un hypothétique accident avec ce coucou et d’en risquer un sur l’autoroute pour aller à Toulouse.
Marc croit au destin, celui écrit par avance. C’est en fait sa grande théorie !
Tout semble fait d’avance, mais notre existence dépend aussi des choix que l’on est amené à faire ou à ne pas faire.
Il occupe le poste d'attaché commercial pour une marque de café italien.
Il est prêt pour cette réunion mais comme chaque fois qu'il est en séminaire de rentrée, Marc doute de lui, de ses qualités.
Les dix ans de labeur pour la même entreprise qui viennent de s'écouler ne lui confèrent pas de sérénité. Pas non plus d’inquiétudes, il sait ce qu’il veut, mais déçu par les attitudes de ses supérieurs hiérarchiques qui prônent un code de conduite et ne se l’appliquent pas à eux-mêmes, il a choisi de faire son boulot et de correspondre aux critères exigés à son poste mais pas plus.
Dans son secteur d’activité, son emploi est toujours menacé de restructuration, de rachat ou d’opa.
Il a passé chez lui, le dimanche soir deux heures à constituer « sa garde robe » pour la semaine, ce qui a le don d'agacer prodigieusement sa compagne Marianne.
Chaque fois que Marc part, Marianne sa compagne depuis 10 ans assiste à ce rituel qu'elle identifie à un TOC, un comportement compulsif qui, au début de leur relation l'amusait. Lorsque les années passent, les manies de son conjoint que l’on trouvait amusantes, le deviennent moins, voire plus du tout.
En ce lundi humide et déprimant de Paris, Marc avance vers le hall de sortie de l'aéroport .Face à lui, il distingue la silhouette d'une jeune femme qui avance d'un pas décidé vers lui.
Judith, téléphone rivé à l'oreille, est à la recherche d'un point relais. Il lui faut à tout prix le dernier numéro d'auto 2006.
En effet, Judith, journaliste de la rubrique auto-moto dans un quotidien toulousain en a besoin .Il vient de publier des photos de concept-car de voiture allemande.
Au téléphone avec son amie Carole elle parle de sa joie d'être à Paris pour la semaine et de son impatience à se rendre à ce salon de la moto à la porte de Versailles.
Carole est sa meilleure amie, sa confidente, sa sœur et tout cela en même temps.
C’est une amitié fusionnelle et de longue date, Carole vit depuis trois ans avec Manon.
Elles sont pour tout le monde colocataires et pour Judith, deux femmes qui s’aiment passionnément, une histoire d’amour magnifique mais clandestine.
Judith, a 35 ans, des cheveux longs et bruns, des grands yeux bleus, c’est une jeune femme sure d’elle, qui voyage beaucoup grâce à son métier, belle, elle est fatiguée de l'attitude à son égard des hommes.
Ils n'ont qu'un but dans la vie :
Mettre dans leur lit la belle Judith, un trophée de plus pour eux. Elle constate qu’’ils veulent « faire plutôt connaissance avec son corps » que de réellement apprendre à la connaitre.
Bien sur, elle refuse régulièrement, de sorte qu'aucun pseudo-prétendant ne franchit l'obstacle de cet échec.
Marc va croiser la route de Judith sans se douter que ce lundi 1ier octobre 2006 va changer radicalement le cours de sa vie.
08h15, hall C Porte h, Orly
Marc croise le chemin de Judith.
Marc poursuit sa longue traversée de ce hall bruyant et il est perdu dans ses pensées lorsque son téléphone sonne. Machinalement, il regarde l’écran de son portable qui lui indique que c’est Pierre, son ami comédien, et ils entament une conversation sur les résultats sportifs du week-end.
Judith redoutant les regards que portent les hommes sur elle, évite de croiser ses regards qui la mettent mal-à-l’aise. Contrairement, à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas aussi facile que cela n’y parait d’être une jolie femme.
Bien sur, les sollicitations masculines sont légions, mais ces hommes ne voient que l’apparence physique et ne cherchent pas à connaitre l’âme de Judith.
Alors pour se protéger de tous ces dragueurs, elle a trouvé cette phrase-alibi, sa phrase self-défense :
« Merci mais je ne suis pas libre et je suis très heureuse, n’insistez pas! «
Accompagné d’un regard dissuasif cette répartie produit toujours l’effet escompté.
Ces deux êtres qui se croisent, leur portable collé à l'oreille vont se regarder un instant, un très bref moment.
Ce moment fortuit aurait pu changer le cours de leur vie. Mais le temps, cet ennemi silencieux ne permet plus de se poser, de savourer chaque instant de nos vies.
Marc frôle cette jeune femme pressée qui menace de le bousculer et ses yeux sont attirés par cette apparition, ll se retourne, espérant qu'elle va se retourner à son tour, et il la voit s'engouffrer dans un point relais H.
Il n'a qu'une envie : faire demi-tour, abrégé sa conversation avec Pierre et aller lui parler.
Bien sur, il a déjà abordé de belles inconnues pour leur dire deux phrases, invariablement !
" Je vous trouve magnifique ! Voulez vous que nous fassions plus ample connaissance autour d’un café " ?
Simple clair, et efficace parfois. Marc est en fait un grand timide, et il a trouvé ce moyen pour pailler à ce défaut et au moins il gagne du temps.
Mais voilà il doit prendre la navette mit à sa disposition par sa boite pour se rendre à la porte de Versailles, lieu de son séminaire de rentrée. Il est déjà en retard. Comme d’habitude, sa boite s’y est pris au dernier moment pour réserver le lieu de réunion et avec le salon de la moto les lieux susceptibles de les accueillir à proximité d’Orly ont tous étaient pris d’assaut .D’où ce lieu de convention cette fois très loin de l’aéroport……
Judith après avoir rassuré Carole de son arrivée sur la terre ferme, raccroche et pénètre dans le kiosque à journaux et achète son indispensable magazine.
Curieusement, elle revoit l'image de ce parfait inconnu en costume cravate.
La vie de Judith ?
35 ans, célibataire, libre de toutes contraintes, a un homme dans sa vie ; ils ont choisi d’un commun accord (du moins le crois t’il !) de vivre chacun de son coté.
Sous prétexte, de ne pas tuer une relation par les habitudes et le train-train du quotidien
Elle a su imposer son point de vue .Elle a sans doute peur de vivre à deux ou ne pas assez aimé !
Cet homme est le rédacteur en chef de son journal .Cette situation qui pourrait paraître inconfortable, ne l’est pas. Tout d’abord ils sont discrets pour ne pas engendrer de jalousies de la part d’autres journalistes et ensuite elle n’est pas en permanence au journal, Professionnellement ils travaillent beaucoup par messagerie interposé .En fait, leur seul point commun est le journal.
Bien sur, le lieu de travail est un des endroits pour les rencontres amoureuses. Mais il présente l’inconvénient majeur en cas de séparation que l’on doit croiser son ex tous les jours.
Dans leur cas, Judith voyage régulièrement et ces incessants déplacements lui permettent d’’échapper à la routine du quotidien d’un couple classique, partageant le même job et le même appartement.
L’amour est présent dans sa vie, c’est acquis, elle ne se pose pas d’ailleurs pas la question. Amoureuse, bien sur, elle l’est ! C’est pour elle tellement évident !
CHAPITRE 2:
Judith sort de ce hall son magazine sous le bras et se dirige vers la longue file d'attente des taxis parisiens.
Elle doit se rendre à son hôtel, déposer ses bagages, et récupérer son invitation que le journal a du faire déposer au desk de l’hôtel.
Elle met quarante cinq minutes entre Orly et son hôtel, celui-ci est un hôtel quatre étoiles confortable et à la fois impersonnel.
Elle pénètre dans le hall et décline son identité, réceptionne son badge et une enveloppe dans laquelle est glissée son invitation permanente au salon et son badge presse que son journal a pris le soin de déposer au desk.
Judith accède aux ascenseurs à proximité du hall d’accueil et monte à sa chambre.
Elle croise dans les couloirs le personnel de l’hôtel qui s’affaire à préparer les chambres avant midi, les salue d’un bonjour et arrive enfin à sa chambre.
Elle ouvre la porte et découvre son pied à terre pour cette semaine.
Immédiatement, Judith voit sur le bureau face au lit un bouquet de fleurs et un mot.
Sur celui-ci, elle peut lire : « bon séjour parisien, je veille sur toi, Jacques.
Elle est sensible au geste de son compagnon de rédac-chef !
Marc toujours au téléphone avec Pierre, arrive au point de rendez-vous et aperçoit dans le froid une hôtesse avec un panneau qui indique : « convention : le futur avec vous ! »
Chaque réunion de rentrée de son entreprise est placée sous le thème choisi par une boite
de marketing en entreprise.
Sous le regard de quelques badauds il rejoint cette bannière et se présente comme la personne attendue.
Marc rejoint la navette qui lui a été réservé, le chauffard mets sa volumineuse valise dans le coffre du bus et monte à l’intérieur.
Dans la navette, il retrouve des collègues, il les salue et Marc à chaque fois, qu’ils se retrouvent en leur présence a l’impression de ne pas faire partie du même monde, ils ont toujours quelque chose à dire, ils parlent tout le temps et il a toujours du mal à participer à leurs conversations et il a cette impression d’avoir une vie banale, de ne pas être comme eux.
Son métier l’oblige à être différent de celui qu’il est vraiment, il s’est forgé une image qui correspond à son statut social.
Il semble à l’aise avec les autres alors qu’il redoute leurs regards.
Il apparait sur de lui, alors qu’en fait il doute de lui-même.
Toutes ses contradictions il a appris à vivre avec.
Chaque fois, qu’il monte dans un taxi ou un minibus et se retrouve dans cette position, Marc, habitué à conduire, appréhende cette traversée de Paris et se réjouit d’habiter en province.
Ce flot de véhicules et ces bouchons lui poussent à se dire : « promis j’arrête de rouspéter lorsque de retour chez moi, je serais dans un ralentissement et que je râle.
C’est toujours la même promesse et pourtant il sait d’ors et déjà que celle-ci ne sera pas tenue et qu’au premier ralentissement venu il s’énervera lorsque la voiture le précédent ne démarrera pas dés le feu passé au vert.
Il arrive enfin à l’hôtel, porte de Versailles.
Lorsqu’il se présente au desk, le réceptionniste lui demande de remplir un questionnaire
et lui tend le badge de sa clé, chambre 351.
Comme à chaque fois, il regarde ce chiffre et constate que son chiffre porte-bonheur est
présent, comme un signe.
Marc, athée depuis longtemps, a besoin de croire quand même à quelque chose et cette façon de se raccrocher à un chiffre le suit depuis quelques années.
Ce chiffre, le 5 le suit, c’est un des chiffres de sa date de naissance. Toute sa vie est jonchée de 5, dans son numéro de portable, sa plaque d’immatriculation c’est vrai, qu’en occident cette croyance peut paraitre idiote, mais la numérologie est très employée en orient.
Judith appelle Jacques pour le remercier de son attention et laisse un message
sur son répondeur.
Elle défait ses valises, va se remaquiller rapidement dans la salle de bain.
Son sac sur l’épaule, elle claque la porte derrière elle et prend l’escalier pour descendre
dans le hall de l’hôtel et se rendre au salon.
Au même moment, Marc saisit sa sacoche de travail et sort de sa chambre.
Après avoir vérifié trois fois qu’il y a bien sur lui la carte magnétique, il suit le long
couloir qui le mène aux ascenseurs et appuie sur le bouton pour descendre.
Un court moment passe, il se ravise et décide de prendre les escaliers pour descendre dans le hall et aller rejoindre la pause d’accueil que son entreprise à du prévoir. Il va enfin retrouver ces collègues, certains qu’ils apprécient, d’autres beaucoup moins. Pour lui qui n’est pas vraiment un grand bavard c’est ce qu’il trouve le plus dur, parler à des gens à qui il n’a pas forcément grand-chose à dire. Lui qui est un grand timide, il doit prendre sur lui !
Judith sort juste de l’hôtel lorsque Marc arrive dans le hall et chacun suit son propre chemin.
Ils auraient pu se croiser dans l’ascenseur !