Fatal Canal (suite)
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Il désapprouvait ce mariage mais ne s’y était pas opposé, comme il ne s’était opposé à rien qui eût emporté l’adhésion de sa femme. Du jour de son mariage avec Micheline, il s’en était remis à elle, au point de ne jamais avoir sur lui plus des vingt francs dont il avait entendu dire qu’ils étaient requis en cas de contrôle policier pour n’être pas considéré comme vagabond. Du lieu de leur résidence à son propre emploi, de l’éducation des enfants au choix de ses costumes, tout passait par elle et il ne semblait jamais s’en plaindre. Homme de peu de mots, dont on pouvait imaginer qu’il avait rêvé d’une autre vie bien qu’il ne manifestât jamais le moindre regret, il n’opposait jamais en public la moindre résistance à la volonté de sa femme. Il n’avait pourtant rien de l’attitude de ces hommes dont on sait qu’ils ne sont pas maîtres chez eux, mais semblait résigné, plus par bonté que par faiblesse, à laisser à Micheline le dernier mot. Il faut dire que le dernier mot de Micheline restait toujours à venir, car elle avait toujours à parler, en toutes circonstances, d’une voix aigüe et saccadée, nerveuse et déterminée. De son mètre quarante-huit, elle dominait toute conversation d’une tête au moins, jamais à court d’arguments, quelle qu’en fût la validité. A trente et un ans, elle avait accepté de se ranger en épousant Gérard, plus pour faire une fin honorable que par souci de fonder un foyer. Pour autant, elle s’était dévouée à cette tâche comme à toutes celles qu’elle avait entreprises jusqu’alors, opiniâtre et vivace. Elle avait mis au monde successivement Françoise puis Thierry, né d’un retour de couches mais désiré à posteriori, ce qui ne manqua pas, lorsqu’il le sut, de compliquer son rapport à toutes choses. Elle avait aimé Gérard comme savent le faire les gens du peuple, sans jalousie mais avec la hargne de ne pas se laisser prendre ce qui est sien.
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