Autant qu’il m’en souvienne, mes parents ne vivaient pas ensemble. J’ai appris récemment que de n’avoir aucun souvenir de mon paternel résulte du fait que ma mère l’interdisait de me voir. Elle prétextait que je n’avais pas été voulu, qu’il ne m’aimait pas …, s’accordant ainsi mon affection singulière. Je ne peux pas épiloguer davantage car, victime d’une rupture d’anévrisme, il nous quitta lorsque j’étais âgé de 6 ans.
Je me remémore ses obsèques avec ces allées sombres et austères de cet endroit sinistre où repose à présent cet homme inconnu qui fit don de sa graine pour me permettre de voir le jour ou devrais-je plutôt dire de naître dans ce sombre océan qu’a été ma vie tout au long de mon enfance. Je pleurais, affecté par la tristesse de mes proches et non par la perte d’un être cher.
Âgé de huit ans, extérieurement, j’étais tout ce que doit être un petit garçon de cet age mais à l’intérieur, mon cœur se tordait de douleurs atroces qui me réveillaient la nuit et me plongeaient dans d’immenses angoisses. Et ce n’était que le commencement…
Petit, ma grand-mère m’avait fait découvrir les joies du jardinage en partageant son savoir et me transmit en quelques sortes, le don de la main verte. J’innovais constamment, multipliant les plantations, admirant leur évolution; ma vie prenait alors un sens. Je servais à quelque chose et je me sentais bien.
Souvent, je partais seul dans les forêts avoisinantes et j’imaginais ce que serait mon existence si je décidais de vivre dans ces lieux uniques dans lesquels je me sentais si libre et maître de moi-même. Je me transformais en prédateur féroce, je n’étais plus une victime. Ainsi, je passais des heures entières assis au pied d’un arbre ou bien au bord du ruisseau dans lequel il m’arrivait de partir en excursion afin de me perdre pour fuir le monde réel. De ce fait, je me créais un univers parallèle.
Je venais de fêter mon quatorzième anniversaire et j’entrais dans l’adolescence avec comme unique bagage une multitude de pensées amères. Mon cœur et mon corps semblaient déjà être affaiblis, accablés par les remords de ne pas réussir à extérioriser mes mémoires et mon mal être. De toutes façons, je n’avais personne pour m’entendre, personne pour écouter ce qui me faisait horriblement souffrir. Les plaies s’accumulaient en moi et je n’avais aucun moyen pour les panser.