In Equo Veritas (suite)
De loin en loin un spécimen plus consistant se trouvait dans les filets, entraîné au milieu d’un banc dense, gros merlan, voire, plus rare, congre, ceux-ci ne quittant leurs crevasses qu’à regret. Pêche de cueillette, comme les peuplades nomades depuis que la Terre est foulée par l’homme : écologistes avant que le mot n’existât pour d’autres que les laborantins et les scientifiques, ils n’allaient pas jusqu’à remercier leur frère poisson d’avoir donné sa vie pour les nourrir, mais quelque chose de cette vision du monde transparaissait dans les messes votives à St Pierre, où l’on avait le sentiment que si l’ordre du monde était respecté à travers l’observation correcte des rites, les poissons se reproduiraient en grand nombre et seraient, osons le mot, collaborateurs de leur propre prise.
Le village vivait certes déjà du tourisme, dont les revenus irriguaient toutes les branches de l’économie. Mais il n’était pas encore devenu un parking à retraités de classe moyenne, s’offrant en fin de vie de venir attendre la faucheuse dans un lieu ensoleillé, aux températures clémentes, paraît-il, toute l’année –encore que certaines journées de novembre ou de janvier pussent être parfaitement glaciales-, déculturés, coupés de leur environnement familial, mais garantis d’une prolongation de vie balisée par l’abondance de l’offre médicale en tous genres : plus forte densité du pays en médecins, contraints de s’adapter, par nécessité commerciale, aux besoins de cette clientèle.
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