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Jean-Pierre Brinet

Roman
un texte de :

Ce jour de noël bien trop doux, affreusement chaud pour la saison avait rendu William plus triste encore .Déjà un noël sans neige c’était pas  un noël, mais un noël seul, sans Mélanie et surtout sans Alexandre, c’était terrible…Il avait envie de pleurer ,mais il ne pouvait pas pleurer puisque cela était arrivé par sa faute…Il  alluma une cigarette provenant d’un  paquet tout neuf qu’il venait d’acheter à la buraliste du coin .Celle-ci ,tout étonnée ,lui avait dit en lui tendant le paquet.

- Vous fumez donc, monsieur  Bern ?

Légèrement confus il avait souri et s’était précipité dehors en serrant le paquet à travers  la poche de son blouson .Il ne savait pas pourquoi il avait acheté  ces cigarettes, pourtant il en avait besoin pour supporter sa nouvelle solitude .A quarante ans il  se retrouvait au point de départ. Il revoyait une fois de plus, après une bagarre, le dialogue qu’il avait eu avec sa femme.

- Mélanie, nous ne pouvons plus vivre ainsi. Il faut que l’on parle.

Elle s’était  arrêtée de crier pour le regarder d’une drôle de façon .Elle avait acceptée de l’écouter .Tout de suite il avait été surpris qu’elle daigne lui prêter une attention. Certes, il avait hésité un instant car il aurait bien voulu fumer une cigarette .Mais voilà, Mélanie ne supportait pas qu’il fume. Elle ne voulait rien venant de lui, même qu’il aille à la pêche, qu’il fasse du sport ou qu’il voit ses copains. Au début il avait accepté ça par amour, mais avec les années passées, il s’était senti lésé. Toutefois il s’était fait à cette idée…

Les bras croisés, elle lui avait lancé d’un ton ironique.

- Tu veux me parler ? Ce serait bien la première fois  que tu veuille  me parler, avait elle lancé.

Par fierté il n’avait pas relevé la remarque. I l réfléchissait  à toute vitesse afin de lui expliquer qu’il allait la  quitter. Il ne pouvait plus supporter cette situation où il était devenu un simple jouet entre ses mains. Cela faisait cinq ans qu’il vivait avec Mélanie, et il l’avait aimée comme un fou. Par contre, elle, elle ne l’aimait pas. D’ailleurs elle ne l’avait jamais aimé .Elle avait accepté de vivre  avec lui par pitié, et puis aussi parce qu’il était gentil, et doux. Il s’était dit qu’un jour  elle arriverait à l’aimer.

Puis Alexandre est venu au bout d’un an. William était fou de joie au début, bien qu’elle ne lui ait pas demandé son avis. En réalité elle l’avait mis au pied du mur.

- Je suis enceinte, lui avait elle dit, et je te préviens, je le garde.

 C’est vrai qu’il avait fait la gueule, mais c’était tout  simplement parce qu’il aurait aimé qu’elle lui avoue cela  avec  délicatesse avant que la chose ne se produise, comme par exemple :

- Chéri, est ce que tu veux bien me faire un bébé ?

 Il aurait bien voulu lui dire oui à ce moment, mais ses grands yeux noirs, qui l’intimidaient, lui avaient empêché d’affirmer son sentiment. L’amour qu’il ressentait pour sa femme, ainsi que l’admiration qu’il éprouvait pour elle, le bloquait à chaque fois. Il avait toujours eu peur qu’elle s’en aille, qu’elle le quitte. Cela lui semblait difficile à supporter .Alors, il avait volontairement accepté les privations, les loisirs et la présence omniprésente de la mère de Mélanie, une vieille femme acariâtre.  Elle faisait toujours des allusions malveillantes à l’égard de William. Peu à peu il s’était renfermé sur lui-même et avait même grossi.  Il avait essayé de reporter ce manque d’amour  sur le petit Alex, comme il l’appelait.  Mais là encore, Mélanie le  rabrouait.  

Elle lui disait qu’il ne savait pas élever un enfant .La belle mère surenchérissait  les dires de sa fille en prenant un air sarcastique. Ce qui fit que l’enfant se mit à s’éloigner de son père petit à petit. William en fut très malheureux. Et un jour que le petit Alex s’était moqué de lui, du haut de ses presque cinq ans, William l’avait fessé. Aussitôt Mélanie l’avait injurié. Elle le traitait d’irresponsable et de bourreau en même temps.  Le petit Alex avait incité sa mère, par ses cris, à insulter son mari.  A ce moment, William  avait ressenti une profonde injustice. En regardant les deux seules personnes qu’il aimait avec des yeux remplis de détresse, il avait éclaté en sanglots.  Le petit Alex s’était enfui dans  sa chambre. Il était interloqué par la réaction de son père, tandis que Mélanie se moquait de son mari de plus belle.

- Tu peux pleurer, ce n’est que des larmes de crocodile, avait elle ironiser.

 Il avait reçu cela comme une gifle, et une dernière fois il avait tenté de ramener sa femme à la raison.

-  Arrête Mélanie ! Cessons de nous déchirer ! Je t’aime, moi !

 C’est alors qu’il avait voulu la prendre dans ses bras pour faire la paix, mais elle s’était aussitôt esquivée en reprenant de plus belle

 -Tu crois, peut être, que je vais pardonner ton geste !

 Il avait, à ce moment précis, baissé la tête et les bras. Il était vaincu par l’incompréhension de Mélanie .Dans son regard, qu’il avait porté sur sa femme, son chagrin ressortait. Ce qui énervait davantage Mélanie.

-Oh arrête de faire ces yeux de cocker !

Puis elle avait ajouté d’une façon méchante.

- Tu n’es vraiment qu’une pauvre lavette !

La gifle était partie sans vraiment savoir comment  cela était arrivé. C’est quand il vit Mélanie se tenir la joue qu’il comprit qu’il venait de faire l’irréparable.  Aussitôt il se jeta sur elle pour la couvrir de baisers et lui demander pardon….

 A ce souvenir cuisant, William alluma une seconde cigarette pour l’empêcher de sombrer dans le désespoir. Après avoir aspiré une bouffée libératrice, il se replongea dans ses souvenirs…

© Conselia 2009

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