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[Texte auteur l'Effet Buvard]
[Texte auteur Le Bougeoir]
[Texte auteur Fermez les Paupières]
[Les Auteurs du Site 1]
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L'Effet Buvard
un texte de :

Tout a commencé par l’écriture. Soyons même plus précis, par la lecture. Car j’associe ces deux notions d’une telle symbiose que je n’arrive parfois à distinguer ce que je lis de ce que j’écris. J’ai souvent cru avoir écris des textes qui ne sont pas de moi, peut-être dans une autre vie… Et quand je lis mes textes, alors je crois ne pas les avoir écrits. Ce ne sont pas mon style, pas mes idées. C’est ce que j’appelle l’effet buvard.
Tout le monde connaît l’effet buvard, mais certains plus que d’autres. L’effet buvard me permet d’écrire, et, comble de ce que je suis en train d’expliquer, j’écris ce texte par effet buvard. Je m’explique. L’effet buvard est le fait de s’imprégner de quelque chose, à tel point que l’on est capable de le ressortir comme si les idées étaient de nous. Pour ma part cela a commencé par l’écriture. Je lis des livres dans un état second, je m’en imprègne, mais totalement inconsciemment. Ensuite, j’ai envie d’écrire. C’est plus fort que moi, le style de l’auteur est en moi, ses sujets, ses idées, tout, je lui ai tout prit. J’ai dépouillé le livre de tout son contenu,  tout est maintenant dans ma tête et je suis capable d’écrire. Je ne sais pas si ce serait possible sans l'effet buvard. Ainsi, lorsque j’ai envie d’écrire un texte, il va se rapprocher de celui que je viens de lire. Première ou troisième personne, phrases courtes ou longues, descriptions ou actions, originalité ou simplicité…
C’est très utile pour l’écriture, pour ces textes qui semblent alors moins mauvais que si je n’avais rien lu juste avant. Vous pouvez penser que c’est tricher, mais personne ne s’en rendra compte car je sais quand même me faire discret. Par ailleurs, tout ceci reste très éphémère, quelques jours après avoir lu le livre il ne me reste plus rien de lui et je retrouve mon moi entier et intact, sans tâche étrangère, dénudé de tout talent d’écrivain.
J’étais alors, toujours à l’écoute des textes. Des émotions, des pensées, des envies qui me traversaient la tête d’abord en file indienne au fil des histoires, puis par flots entier, comme une armée qui se dessine à l’horizon dont on aperçoit d’abord les premiers soldats, puis les autres, puis les autres, encore et toujours, interminables. Le risque est alors de se noyer, submergé par trop de tout, mon cerveau saturé d’informations, de messages électriques qui ne sont pas les miens. A ce moment là, à ce point de non-retour, comment discerner le moi des autres, nos pensées qui ont fusionnées, ces auteurs qui sont en moi, mais qui ne sont pas moi. Est-ce que je suis moi ? Question existentielle qui me mène forcément à l’habituel « Qui suis-je ? »
Après l’écriture, et à travers elle, ses auteurs, ont directement déteint sur moi des personnalités sans pages, sans encre, bref sans mots pour nous séparer. Simplement des gens que je côtoie et qui impriment peu à peu en moi leur marque. Non, ce n’est pas l’expression de tel ou tel personne souvent déclamée que je me surprends à prononcer, ni les paroles d’un ami qui semblent si justes que je finis par y croire, tout ça je le connais, mais c’est encore autre chose. Ce sont eux, leur essence même, leur façon de penser, leurs réactions que j’aspire, comme une soif des autres. Et je les comprends car une part de moi est eux. Je sais ce qu’ils pensent à tout moment, puisque je le pense aussi, je sais ce qu’ils désirent, et tout ce qu’ils ressentent. Et peu à peu, non seulement ils sont en moi, mais je deviens eux ! C’est probablement le plus dangereux, car la frontière protectrice qui me sépare de toutes ces personnalités qui ne sont pas moi s’estompe peu à peu et chaque jour, chaque heure, une petite partie d’eux devient définitivement moi. Ce n’est pas que je forge ma personnalité dans celle des autres, c'est que mon moi se perd définitivement entre différents étrangers.
J’ai bien essayé de luter, de repousser ces entités externes pour me retrouver en entier, mais essayez donc de repousser vos désirs pour telle ou telle chose, telle ou telle personne, c’est plus fort que vous, il s'agit votre inconscient.
Alors quitte à être un peu tout le monde, je veux être entièrement tout le monde, je ne veux pas qu’être moi mais être les autres aussi, les grands penseurs, les révolutionnaires, les écrivains, les rêveurs et les peintres. Etre mes amis et mes ennemis. Je serais des millions de personne à la fois.
Et lorsque j’en aurais assez de m’être imprégné, lorsque j’aurais été tout le monde et personne à la fois, alors je voudrais être plus, la nature, la vie, le destin, le tout, l’âme qui régit se monde. Mais si la Nature ne peut se fondre en moi, je me fondrais en elle. Je ne serais plus que des millions de particules.
Maintenant, si vous voulez savoir quelle histoire j’ai lu avant d’écrire celle-là, c’est celle d’une personne qui racontait sa folie. Alors, l’effet buvard existe-t-il vraiment, où suis-je simplement fou le temps de cette écriture ?


  

© Conselia 2009

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