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[Texte auteur L'Equipée du Barde 2]
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L'Equipée du Barde,
un texte de :

L'Equipée du Barde

Attablé depuis plus de deux heures à la taverne des Lucioles, Lucas le Barde s’enivrait comme à chaque fin de semaine en compagnie de ses compères. A sa gauche trônait Geldorf le Chauve, qui prétendait avoir abattu une chimère d’un seul coup de sa hache biface, bien qu’il peinât aujourd’hui à la porter d’une seule main. Guerrier de taille plus que modeste, il flottait dans la cotte de cuir qu’il n’ôtait qu’une fois par mois, lorsque Clothilde la Hardie l’invitait à perdre le reste de sa solde dans ses bras épais comme des mâts de navire. Soldat de fortune sans engagement régulier, il vendait aux capitaines de tous bords ses talents de boucher, mais n’avait eu depuis des lustres l’occasion de se battre, car les temps étaient propices aux arguties diplomatiques et l’on ne donnait que trop rarement la parole aux armes. On le payait donc à avoir l’air de ce qu’il était, une brute, afin de souligner la menace que le propos d’un plus habile que lui masquait sous des dehors courtois. A sa droite gisait Ferlot le Pleutre, voleur rejeté de toutes les guildes pour n’avoir jamais eu plus de courage qu’une fillette, ni plus de malice qu’une gourde. Il ne vivait que des pitoyables larcins que lui permettaient ses maigres capacités, détroussant enfants et vieillards de ce que leur famille n’avait pas jugé bon de les priver. Qu’il eut des amis n’était pas la moindre des surprises, tant il était veule et malodorant de surcroît, mais il y avait dans ses yeux une sorte de candeur qui ne laissait pas indifférent, car on eût pu la confondre avec de la bienveillance.                                                                                                                       (...)

© Conselia 2009

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