L'Escalier
Il a l’air fatigué, sa peinture n’est pas fraîche,
Mai il a la glycine et le lierre pour parures.
Si dans ta vie d’errance, tu passes par chez moi, viens t’asseoir un moment.
Nous resterons assises, comme deux petites filles.
Sur la fraîcheur des marches, nous referons le monde.
Tu me raconteras tous tes rêves d’enfant
Et toutes tes pensées lorsque tu t’asseyais, petite, dans l’escalier.
Nous réaliserons comme la vie nous a eues,
Comme elle nous a marquées, comme elle nous a trahies,
Nous les petites filles assises dans l’escalier.
Je te dirai ma vie, tu me diras la tienne.
Face à nous, à l’ouest, le ciel s’incendiera.
La glycine, doucement, caressera nos fronts.
Et nous parlerons d’eux, les autres, tous ceux qui nous ont faites,
Qui nous ont façonnées souvent à leur manière,
Mais qui du coup nous ont rendues si fortes.
Nous rirons de nos larmes pour ne pas en pleurer.
Nous attendrons la nuit, les premières étoiles,
Et à ce moment-là, quand chacun dormira,
Fermé dans son étroite vie, derrière ses volets clos,
Nous verrons, toi et moi, assises dans l’escalier,
Le menton dans une main, elle-même sur un genou,
Nos peines disparaître et l’espoir renaître.