La Formule d'Emmanuel (suite)
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Raphy venait d’Egypte, ou se plaisait à le faire croire, et affichait une bienveillance et un amour de la vie qui avait su vaincre l’obstination d’Emmanuel à se refuser à tout contact plus que civil. A l’université, il suivait plusieurs cours mais aucun cursus, car la logique qui l’amenait d’une salle à l’autre n’avait qu’un lointain rapport avec la matière qu’on y enseignait. Le seul sujet qui passionnait Raphy au point de le maintenir une heure durant devant un barbon cacochyme ânonnant un savoir qui n’était pas le sien, était le galbe de la paire de jambes qui avait conduit une ravissante blonde ou une brune piquante à entrer dans cette salle de cours plutôt qu’une autre. N’allez pas croire pour autant qu’il ne retînt rien de tout ce qui pouvait être enseigné ; bien au contraire, il estimait de la plus haute importance qu’à l’issue de ce temps judicieusement investi, la conversation qu’il ne manquerait pas d’avoir avec la cible de son engouement soit alimentée de propos bien sentis sur le sujet traité.
Son appétit insatiable pour les jeunes femmes l’avait donc naturellement conduit à être érudit et la fortune que lui avait léguée un père inopportunément décédé dans son jeune âge l’avait mis à l’abri de toute autre obligation, de sorte qu’il était devenu un éternel adolescent, accumulant savoirs et conquêtes sans autre but que d’en jouir.
C’est dans l’un de ces cours qu’il croisa Emmanuel, dont il lui apparût d’emblée qu’il était si dissemblable qu’il lui fallait le convertir. De l’ascèse affichée par l’honorable professeur, Raphy se jurait de faire éclore un hédonisme échevelé. A moins qu’un peu de sa profondeur ne se déversât sur lui, ce qui, à l’âge qu’il avait atteint, lui semblait pouvoir faire œuvre utile.
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