La Sortie (suite)
(...)
Je cherchai un sentiment de circonstance. Un soulagement. Une lueur qui eût annoncé l’aube de ce jour nouveau. Reflété cette libération. Ce nouveau départ. Je me savais peu doué pour les effusions, mais l’occasion ne méritait-elle pas mieux que cette désagréable impression que j’avais de me déplacer dans une bulle opaque, dans une espèce de placenta duquel je n’arrivais pas à me dépêtrer. Bah, me dis-je, ça viendra. L’impitoyable soleil du sud ne tardera pas à avoir raison de mes brumes les plus tenaces. Tout vient à point à qui sait attendre. Quel sinistre farceur avait bien pu inventer ce joyau de la sagesse populaire.
Le car s’arrêta dans plusieurs villes. Cela ne manquait pas, à chaque fois, de me tirer de mon sommeil. Des gens descendaient. D’autres montaient. Je les aurais bien observés, ne fût-ce que pour distraire mon attention de ses ruminations stériles, mais je n’allais à aucun prix risquer de croiser le regard d’un quelconque étranger qui, en mal de conversation, eût pu vouloir en profiter pour m’empoisonner le reste du voyage. Il faut savoir choisir les regards que l’on consent à croiser. Les risques sont incommensurables. J’appuyai donc chaque fois la tête contre la vitre et fermai les yeux.
Le car s’immobilisa de nouveau, mais cette fois le chauffeur coupa le moteur, annonça le terminus, et descendit ouvrir les soutes. (...)