[logiciel creation site] [creation site internet] [creation site web] []
[Auteurs]
[Lecteurs]
[editeurs]
[annonceurs]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[0 0 1 1 1 1 1 0 640 480]
[]
[Les Auteurs du Site 1]
[]

Les Collines de la Moure,
un texte de :

Les Collines de La Moure

Extrait pages 21 à 25

Je m’étais dit vers l’âge de seize ans qu’une fois la majorité atteinte, mes aventures masculines prendraient fin. Alors que je m’avance vers cet âge légal, je rationalise jour après jour l’inévitable. Je dois m’efforcer de reconnaître ma triste condition et ce qui vit en moi, malgré moi, depuis trop longtemps pour que je puisse encore le nier.
Je n’ai jamais fui les opportunités, jusqu’à créer souvent la circonstance où je pouvais me fondre dans la chaleur de mon partenaire. J’ai connu la graduation croissante de mes désirs et l’orchestration parfaitement huilée des moyens utilisés pour les assouvir. Un grand nombre de mes amis du quartier ou de l’école ont partagé mes étreintes savoureuses. Sans décider vraiment, sans volonté particulière, je ne cherchais qu’à répondre aux appels de mon esprit qui savait trop bien combien ces moments passés dans les bras d’un garçon étaient trop bons. Plongé dans la pénombre de ma cave, caché dans la forêt, dans ma chambre en l’absence des parents, dans une chambre…je comblais de plaisir mes plus jeunes camarades. Point de répit ni de temps à perdre, pour me laisser caresser, je les voulais entièrement, à les faire divaguer, à les laisser sombrer dans la jouissance de l’instant. La culpabilité ou le remord ne troublaient pas ces séances juvéniles. Je m’exécutais simplement, donnais et recevais. Les mains palpaient, touchaient, glissaient sur les peaux en sueur dans un silence ponctué de rires et de cris étouffés, seuls signes d’une pseudo-gêne. La pénombre nous protégeait tous d’une quelconque responsabilité ou prise de conscience dans nos ébats. Les réflexions à porter sur mes actes n’apparaissaient pas au cours de ces expériences salines. L’insouciance marquait le développement de nos relations spéciales jusqu ‘au plaisir le plus complet.
Beaucoup de garçons se sont laissés convaincre. Je n’étais donc pas si anormal que je le pensais. Il est vrai que les plans employés pour créer l’envie et l’excitation étaient bien étudiés. Les scénarios amèneraient souvent les garçons dans la toile chaleureuse tissée par mes soins. Avide de sensations, il m’est arrivé de provoquer des évènements inattendus. Tentative de séduction pour déguster un charmant garçon pas forcément complice. Après les caresses reçues, ce garçon a alerté ses copains « rockers » et trop moqueurs, assez stupides pour ne voir d’autre  solution que de me malmener. J’avais su me défendre mais cela prouvait encore que le mal vivait en moi. Conscient des risques a prendre pour boire au sein d’un compagnon qui me plaisait, je tentais de conduire mes cibles vers le plaisir absolu sans la certitude de trouver là un partenaire compréhensif, participatif. Je dois dire que peu de garçons ont refusé d’expérimenter ce genre de relations exceptionnelles. Je les proposais simplement avec insistance et sans violence verbale ou physique. Mes invitations à la danse étaient souvent avancées avec humour. Par jeu, par curiosité, par envie de laisser le corps vaciller dans la tendresse, ils ont tous connus l’amour dans mes bras, au moins une fois. Que pouvais je changer ? J’aimais ces moments. Si j’avais su vivre sans connaître les nuits … c’est le soir venu que je contemplais ma pitoyable soif de parcourir en pensée les sensations vécues la journée avec mes camarades. Les excuses et l’argumentation minimiseraient l’importance de mes actes : j’étais jeune et je m’amusais. A travers de telles explications, je me dérobais devant mon homosexualité.
J’ai fait l’amour à une fille à l’âge de seize ans, j’ai aussi aimé mon premier garçon à l’âge de seize ans. J’aurais sans doute choisi la fille si on m’avait donné le droit de choisir. La fille avec qui j’avais partagé la passion pendant  toute une année, les autres avec qui j’aurais voulu l’éprouver. Toutes celles-là n’étaient rien à côté du garçon que j’aimais ou les fantasmes que mon esprit cultivait. Je luttais contre cette attirance infirme, tout me rapprochait des garçons , la pensée, la passion, les pulsions.
Le doute n’était plus possible, le jeu était devenu réalité. Quelle souffrance, alors que j’aurais du être heureux, me voir aimer me révoltait. J’aimais mon double, ma ressemblance, celui qui en tous points anatomiques en tous cas était moi,  tout ce qui va à l’encontre des projets souhaités pour la vie d’un homme : femme, foyer, enfants. Tous ces  projets  nécessaires  à  la réalisation d’une vie classique et sans reproches. Cette vie qu’on m’avait toujours cité en exemple et qu’il serait impossible de connaître, avec le monstre vivant en moi.

Toutes ces années adolescentes ont posé et consolidé les piliers de ma sensibilité affective. J’avais en premier lieu trouvé refuge dans l’indifférence et l’innocence enfantine pour accomplir mes prouesses excitantes puis je m’étais perdu dans l’aberrante idée que tout s’arrêterait à ma majorité. Toute cette période, je l’ai vécue de manière dramatique. Confronté aux sentiments de la honte, du dégoût parfois, de mes pensées lubriques et de tout mon être, la culpabilité, la peur, je sentais ma conscience se déchirer entre l’envie de vivre avec les normes sociales conventionnelles et ma véritable personnalité qui imposait jour après jour sa suprématie.
Les mensonges devinrent monnaie courante et paroles d’évangile, les histoires inventées pour dissimuler ma différence prirent tout leur sens dans les conversations lycéennes et amicales. Ma principale ennemie, la solitude grandissait en moi et devenait difficilement supportable. Je pense que si j’avais eu quelqu’un à ce moment de ma vie à qui parler, une personne à l’écoute de cette mutation involontaire, une présence compréhensive, sans devoir forcément partager ma conception des choses, j’aurais mieux assumé ce nouvel état d’esprit. Le silence est resté le maître pendant de longs mois et seul ce cahier qui ne sait plus laisser une ligne blanche me libérait un peu et me faisait espérer. Il atténuait ma douleur de vivre. Souffrance et mutisme, l’esprit et le corps mutilés, l’âme froissée pour la réduire à néant, je vivais comme un mort à la recherche d’une idée saine. Dans la cour du lycée, c’est cramponné à un poteau du préau que je voyais les suées sur mon front, cette constante envie de vomir, le tournis envahir ma tête, comme pour sortir ce ver de mon corps et qui me dévorait de l’intérieur et qui ne sortirait jamais. Las de lutter inutilement, sans trouver la force pour ne plus me détruire dans ce combat contre moi-même, je n’eus bientôt plus d’éléments valables pour fuir la vérité de mon existence. Les échecs amoureux avec les filles aidant, les doux souvenirs des embrassades masculines m’ont convaincus.
Tout comme un sacerdoce, j’ai même pendant six mois révolus, fait l’école buissonnière. Tous les lundi après-midi, je prenais le bus pour me rendre à METZ avec ma carte scolaire. Je choisissais la première séance de cinéma proposée. Au gré de chaque lundi, je découvrais les nouveautés cinématographiques, les Birdy, les Platoon et autres, jusqu’ à oser franchir le seuil de LA salle. On y projetait « Maurice » avec Hugh Grant alors inconnu. L’affiche représentait sur fond noir, le titre en blanc ou jaune, je ne sais plus vraiment, deux jeunes hommes au regard tourmenté, vêtus de vestes et chapeaux début de XX siècle, façon gentleman british. J’avais lu la critique de celui-ci dans un de mes premiers magazines mensuels gay, achetés en cachette (l’ancêtre de TETU sans doute !!), je ne vous raconte pas l’exploit pour me présenter avec un tel ouvrage à la caisse de la librairie à l’âge de seize ans et la manière de le dissimuler dans ma chambre pour que maman ne le trouvât jamais. ! Ce film fut tellement merveilleux qu’il devint mon pèlerinage du lundi. L’histoire racontait la mienne, un siècle plus tôt. En guise d’ennemi se dressait la tradition anglicane rétrograde et conservatrice du début du siècle, à laquelle s’opposait l’amour naissant et tonique de deux garçons aux tempéraments explosifs. L’un fou amoureux et l’autre coincé dans sa bulle familiale, emplie d’interdits et de tabous. Le second plia et abandonna le plaisir de la chair avec son ami, sous le poids de la morale, alors que le premier  se perdît dans le chagrin et se réfugia dans les excès, pour assouvir ce besoin naturel d’exister en tant qu’homo, au mépris de la populace, ce besoin d’aimer et d’être, tout simplement. Que j’ai aimé ce film, il était moi ; il montrait ce que je ne pouvais dire, il était mon complice  apaisant. Je l’ai vu au moins dix lundis de suite. Mon carnet d’absence n’ avait même plus assez de billets à fournir pour que je les présente aux surveillants !!  Grâce à ce film, je comprenais enfin ce qui vivait en moi, tout du moins j’essayais de m’en accommoder pour atténuer ma douleur de vivre.
Je ne pense pas pouvoir décrire correctement les troubles et « mal-être » dont j’a été la victime pendant ces années écolières. La plaisanterie a souvent guidé mon besoin d’affirmer mes émotions réelles. Sous le déguisement des phrases comiques et des situations loquaces, j’abordais le thème proscrit sans confirmer à quiconque ma volonté de mener à bien mes démarches amoureuses ou sensuelles. Ce langage fut sans doute un bon prétexte pour quelques camarades troublés comme moi, emprisonnés dans un mur de silence secret, seul moyen de pouvoir parler de nous et de nos envies. Il nous a parfois conduit jusqu’à posséder le courage d’entreprendre, d’aller l’un  vers l’autre, de pouvoir toucher un individu convoité, au corps si  étrangement attirant. A travers ces sous entendus, des paroles qui feignaient ne montrer que de la bonne humeur, du rire, je parvenais à dire qui j’étais, ce que j’attendais. Sédatif qui me faisait oublier la douleur, le rire banalisait l’homosexualité. Je supportais ma différence et me sentais exister. Je retrouvais alors toute mon aisance pour être ce qui m’effrayait habituellement. J’ai compris que ma lutte pour briser  ce qui était partie de moi, ce qui vivait avec moi, la pensée, l’esprit lié à cet amour devenait inutile. Ma rencontre avec Christophe a rationalisé tout ce que je jugeais impossible à réaliser avec un garçon : aimer, chérir, combler, partager, se dire et se confier, croire et investir, s’investir, bâtir une vie à deux.
Je lui ai tout dit, il sait tout de moi, je me souviens de son sourire, de son regard, de sa fierté à se savoir tant apprécié. Il ne m’a pas rejeté, comme l’avaient fait tant d’autres, il a souri peut-être un peu gêné mais il a acquiescé. Objet de mon amour, but de mon existence, il a rendu possible ma vie en acceptant que je l’aime, en comprenant qu’un garçon l’aime. Je n’avais pas connu quelqu’un qui valide ma vie, qui m’autorisait à vivre sans jugement néfaste. Et c’était Christophe qui me donnait enfin ce droit à la vie. Malheureux de devoir rendre les armes, je ne pourrais plus me changer, avouer l’échec, admettre que je suis amoureux de mes semblables, de leur corps, de leur beauté, je me résous à être « comme çà ». La seule confiance trouvée, le courage d’affronter la vie avec ce reptile qui m’étouffe et m’habite, c’est Christophe qui me l’offre.
Voie sans issue je m’engage pour lui. Je construis ma vie par lui et avec lui, sans aucune promesse pour qu’il m’accueille un jour. Je l’ai fui ce soir. Ou vais-je aller ? Pourquoi est ce donc si difficile ?

  

© Conselia 2009

Comment
Faire Editer
Mon Livre