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[Texte auteur Les Lettres Perdues 02]
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Les Lettres Perdues,
un roman de :

Chapitre 1 : Un Vrai Bonheur

Le masque de fer eut-il été soudain arraché par Mr de Saint-Mars, que l’air n’aurait semblé plus fou, plus enragé, plus ivre de déchaîner une virulence si longtemps brimée, menottée, dédaignée, ligotée. Les bourrasques sanguinaires se succédaient incessamment, pourchassant indéfiniment la vitalité de ces lieux désolés. Les arbres squelettiques, las d’attendre leur première acné, devant ce souffle entêté, avaient dégrafé leurs branches, préférant la tonte horizontale aux chignons casqués. Ca et là gisaient des boutons d’or fauchés par l’insidieuse bise. La nature entière se terrait.
Les moutons, fils d'immigrés, avaient renoncé à friser la laine et ses bouclettes, tandis que les papys guanacos, éventés par des siècles d’expérience, s’agenouillaient stoïquement, des journées entières, capitonnés sous des rochers de graisse, ruminant leur nonchalance avec parcimonie, à moitié enterrés, calfeutrés dans des anfractuosités volcaniques, pour laisser passer la furie furieuse. Les pumas vissaient l’étau de leurs irascibles mâchoires sur le cou des chatons, enroulaient les proies dans leurs vibrisses, empêchant les nandous de jouer au cerf-volant. Les redingotes séchaient instantanément, les femmes sages avaient renoncé aux tourbillons des jupes, leurs rejetons ne sortaient pas sans boulets aux pieds, les géniteurs courbaient l’échine rampant comme des limaçons pesants.
                                                                                                                                                (...)

© Conselia 2009

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