(...)
Les randonneurs, forçats du grand air, lestaient à chaque coucher leur tente surbaissée de rochers obtus, les maisons dures avaient elles abandonnées leurs étages pour s’écraser dans l’ombre portée des montagnes.
Les hommes, les mères et leurs couvées qui s’agrippent à ces éperons sont des béliers couillus, jusqu’au bout des cornes, tenaces, butés, décidés à arrimer leur destin.
Ces parages purifiés se situent en Patagonie, bagne extrêmement inhabité, vaste comme plusieurs fois la France, au sud de l’Argentine et du Chili, ces siamois qui ont les Andes pour vertèbres. La Ruta 40 y sonne le terminus de ce continent orphelin, l’Amérique, caravelle centrifuge dérivant loin de Pangée, affublée d’une longue huppe de crêtes, surfant sur les himalayennes Andes, escaladant les fulminants volcans Mayas, se hissant sur les colossales Montagnes Rocheuses, véritable génois planétaire, qui, gonflé par les alizés entraîne la Terre dans sa folle ronde.
C’est pourtant ici, qu’un Cyclope égaré, d’un maelström trop acéré, a déchiré la voile. Là, en Patagonie, sous la protection insensible du mont San Valentino, à portée de Jeep du détroit de Magellan, Dieu laissa la mer crever l’écran des montagnes, s’y infiltrer et tracer la voie aux rugissants si cruellement contenus. Ici, l´orgueil des Andes met un genou à terre, s’abaisse, pour émerger une dernière fois, grâce à Darwin, en Terre de Feu.
(...)