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LM

Aliénation
un texte de :



Quelques mois ont passé depuis cette crise de manque qui m'a parue interminable.
Depuis je me suis plongée corps et âme dans la déchéance suivant l'adage de mon médecin qui m'avait dit un jour « tant qu’on n’a pas réellement touché le fond on ne peut pas s'en sortir ».
Pour moi il ne semblait pas y avoir de fond. J'ai tout fait, tout vu, tout connu, poussé mon corps à l’ extrême et ça en l'espace d'un temps très court. J'ai menti à ma famille, à mes amis à l'amour de ma vie. J'ai perdu la confiance de tous. J'ai volé, vendu les affaires de ma petite sœur, couché pour avoir ma dose. J'ai essayé la seringue pour atteindre le flash ultime. Et puis j'ai vomis mes tripes pendant des journées entières. Tout cela, pour finalement me réveiller sur un lit d'hôpital, prenant brusquement conscience du champ de ruine qu'était devenue ma vie.
Il ne se passe pas un jour sans que je repense à la première fois que j'ai pris de l'héroïne. Je me rappelle exactement la manière fulgurante dont celle ci a traversé une à une chaque cellule de mon corps pour ne faire de celui ci qu'une enveloppe inexistante, insensible aux coups, à la douleur morale et physique. Je me souviens du plaisir que m'a procuré la première bouffée avalée assise par terre dans les chiottes publiques de l'office de tourisme en plein milieu de la nuit. J'ai pris une dose assez importante pour une première fois. J'étais avec la fille qui m'avait fait essayer. On était tellement défoncée qu'on arrivait même plus à se lever pour aller rallumer la lumière activée par une minuterie automatique. Au bout de quelques minutes d'extase on a réussit à se traîner hors de ces chiottes glauques qui me paraissaient merveilleux alors puisque c'était l'endroit ou j'avais eut accès au paradis.
Je n'avais plus aucun souci. Mon année de prépa ratée ce n'était rien du tout, je réussirai celle à venir en droit à Lyon. Ma grosse déprime que je noyais habituellement dans l'alcool, elle s'était envolée elle aussi. Mieux, dès que je fermais les yeux je me retrouvais dans un monde merveilleux. Je planais littéralement. Je sentais que je flottais au dessus de mon corps. Ce dernier n'existait plus, il était inutile. J'aurai pu m'endormir et mourir d'extase sur place si Pauline qui avait plus l'habitude que moi de cette substance ne m'avait pas réveillée et sommée de rentrer chez moi. Elle m'a donné une lampe de poche et poussé sans ménagement sur la route. J'avais quarante minutes de marche environ à effectuer dans le noir le plus complet avec pas un chat dehors étant donné que nous nous trouvions dans mon village qui compte moins de deux-cent habitants. J'ai bien failli tomber et m'endormir mille fois durant le trajet. Je ne reconnaissais rien. Mon imagination transformait chaque bosquet en objet merveilleux. La lune me souriait...

© Conselia 2009

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