Loin
La nuit était tombée. L’averse était passée. J’avais ouvert la fenêtre. Il faisait presque doux. Quelques oiseaux avaient chanté, puis s’étaient tus. Ce n’était plus l’heure. Le jardin exhalait un parfum lourd de terre fraîchement retournée, d’écorce humide, de feuilles mortes. Vestiges d’un été que l’on n’avait pas vu. Les derniers beaux jours remontaient à juin. Vers la Saint-Jean. Je revoyais ce dimanche radieux où la place de l’église s’était emplie de bières, de limonades, de glaces, d’enfants qui couraient et de gens qui disaient que ce n’était pas tous les jours et qu’il fallait bien en profiter.
Comme pour leur donner raison, des nuages étaient apparus dans la soirée. Le tonnerre avait grondé. Le lendemain un temps de chien avait secoué les branches, fouetté les carreaux, gorgé le jardin jusqu’à en faire une friche boueuse. Toute la journée et toute la nuit. Du moins jusqu’à ce que je finisse par m’assoupir, emmitouflé au fond du bourdonnement sourd de la pluie battante.
Puis, au lever, ouvrant mes volets, le grand calme. Une étrange quiétude. Pas un souffle. Une petite bruine, fine et silencieuse. L’horizon incertain sous de longues nappes ouatées. Et un ciel de Toussaint qui allait peser sur le bourg l’été durant.
Depuis des semaines tout perlait, luisait, suintait. Les pavés, les toits, le clocher, les corneilles, tout. L’air voilé de crachin étouffait jusqu’à la rumeur des rues. (...)