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Mady K

Léane
un texte de :

La jeune fille avançait vers lui, lui tendant la main et ne le quittant pas des yeux. Son regard clair transperça le sien comme à chaque fois qu’il le croisait et son cœur s’arrêta de battre un instant. Quand son souffle glissa sur sa joue, il ferma les yeux et un triste sourire apparu sur son visage tourmenté.

« Ray, amour… regarde-moi »
« Laisse moi ! Arrête de me hanter de cette façon cruelle…Je t’en prie Léane….je t’en prie…. »

La jeune fille s’éloigna de lui et éclata d’un rire cristallin. Son corps se transforma en volutes de fumée qui s’enroulèrent autour de Ray, l’enveloppant dans un brouillard argenté. Le rire n’avait pas cessé et résonnait toujours, si proche…..si proche….et pourtant si loin…..

« Ray… »
« Va t’en….tu as choisi de partir alors ne reviens pas hanter me nuits et mon  esprit. Pars…pars…. »
-PARS !

Le beau ténébreux se releva brusquement dans son lit, réveillé par son propre cri. Il lui semblait encore entendre le rire cristallin de Léane résonner dans sa chambre et il se passa la main sur le visage. Sa peau était brûlante et il sortit de son lit, tentant de calmer ses tremblements. Il ouvrit en grand la fenêtre de sa chambre et s’accouda sur le rebord. L’air glacial de la nuit ne le fit même pas frémir et il resta ainsi de longues minutes, cherchant à apaiser son esprit. Il fit le vide, essayant de ne penser à rien et son souffle ralentit peu à peu.

Quand il referma sa fenêtre, il était quelque peu apaisé et s’habilla. Le sommeil l’avait quitté pour cette nuit et il alla dans la pièce voisine de sa chambre. Quand il alluma la lumière, celle-ci projeta des ombres fantomatiques sur les murs nus de la pièce. Il referma à clé la porte derrière lui, bien qu’il n’y eu personne d’autre dans l’appartement et la retira de la serrure. Il la posa par terre, au pied de la porte, la pièce étant totalement vide. Il n’y avait ni meuble, ni tableau sur les murs. Le sol était jonché de feuille de papier éparpillées et recouvertes de centaines de formules alchimiques. La plupart étaient raturées, effacées ou incomplètes. Les notes s’amoncelaient par terre, recouvrant un gigantesque pentacle  tracé à la craie au centre de la pièce. Sur les murs blancs se poursuivaient le tracé des formules, aussi haut qu’il avait pu écrire. Il ne restait plus qu’un minuscule endroit de mur encore vierge.

D’un coup de pied, Ray repoussa les feuilles qui s’étalaient sur le sol et dégagea le pentacle. Pendant des heures entières il traça de nouveaux symboles, essaya de nouvelles formules. Jusqu’au matin la pièce fut parcourue d’éclairs, envahie d’arabesque de fumée, submergée par le crépitement de flammes liquides et des flèches de vent allèrent se briser sur les murs graffités.

Quand les premiers rayons du soleil filtrèrent par la fenêtre, Ray était adossé contre un des murs, le souffle court et les yeux clos. Il n’avait jamais dépensé une telle quantité d’énergie en une seule nuit et il se releva en serrant les dents. Une large estafilade lui marquait le torse à l’endroit même de son cœur. Le sang avait séché et seules quelques gouttes perlaient encore le long de l’entaille. Il les essuya d’un geste de la main et se baissa pour ramasser la clé. Quand il referma la porte derrière lui, il lança un dernier regard à cette pièce ravagée en sachant très bien, que la nuit prochaine serait identique à celle qu’il venait de passer. Toutes les nuits étaient semblables…..

Il resta de longues minutes sous le jet d’eau glacée de sa douche et ferma les yeux de fatigue. Depuis des mois et des mois il n’avait plus dormi une seule nuit entière. Le sommeil lui faisait peur, le terrifiait…la nuit était devenue son angoisse…Chaque nuit elle revenait sans cesse, le hanter, le persécuter sans qu’il ne puisse rien y faire…

Léane…son amie…son amour…
Léane…qui avait disparu et que tout le monde croyait morte…
Léane…qu’il avait tenté de faire revenir à la vie de nombreuses fois avant de comprendre qu’elle ne reviendrait pas…

Non pas, parce que ses formules étaient incorrectes…mais parce qu’elle n’était pas morte…

Il l’avait compris le jour où il avait enfin trouvé la formule exacte pour la ramener du royaume des morts.
Ramener un mort à la vie était interdit mais Ray était prêt à transgresser la loi pour elle….toutes les lois…

Il avait cherché pendant des mois, tous les moyens et toutes les formules alchimiques possibles qui pourraient la ramener. Enfermé seul chez lui, passant ses nuits éveillé, il s’était entraîné chaque jour a renforcer son esprit, à réciter des formules de transmutation et à invoquer des esprits morts. Et puis il l’avait trouvé…la seule, l’unique formule…capables de les ramener…

La règle était simple. Pour chaque chose demandée, une valeur égale devait être offerte…
Ray savait ce qui lui en coûterait si la Balance trouvait son offre trop légère mais poussé par son amour, il avait prononcé la formule, debout au centre du cercle alchimique qu’il avait tracé dans cette même pièce dont il venait de sortir.

Le sol s’était fendu tout autour du cercle et un éclair venu de ses entrailles avait jaillit. La pièce avait été envahie par un souffle brûlant et Ray avait sentit son corps se déchirer lentement. Ses cris s’étaient perdus dans le grésillement  des éclairs qui parsemaient la pièce et il avait sentit son âme se tordre sous la douleur. Il l’avait sentie se disloquer, cherchant à s’agripper à son corps torturé et il s’était effondré au sol, incapable de résister à la puissance qui le terrassait. L’esprit déchiré il avait finit par s’évanouir laissant l’alchimie se déchaîner autour de lui.

Au matin, c’était Matt qui l’avait trouvé, allongé sur le sol d’une pièce dévastée par une force qu’il n’imaginait même pas. Ray était resté évanoui pendant de longues heures après l’arrivée de Matt, son esprit voyageant entre le réel et son subconscient. Il ouvrait les yeux quelques instants, délirant et fiévreux. Son corps ne lui obéissait plus, son esprit non plus, il se sentait partit lentement…Il avait transgressé la loi et savait ce qui allait lui en coûter…il n’avait jamais pensé à la mort mais maintenant qu’elle semblait si proche, il avait peur…il n’avait pas peur de la mort en elle-même, mais peur de ne pouvoir rien faire pour l’en empêcher…

Et puis au bout de longues heures, il ouvrit enfin les yeux, sentant peu à peu un souffle de vie parcourir ses veines. Son esprit avait brusquement été renvoyé de l’entre deux mais la dîme avait été sévère. Léane n’était pas revenue à la vie mais Ray avait perdu presque tous les souvenirs qui lui étaient chers…ses parents, son petit frère, décédés quelques années plus tôt. Il n’avait plus de passé, juste un avenir incertain et une certitude inébranlable. Léane n’était pas morte…

Il n’avait rien dit de cette nuit là à Matt et son ami n’avait posé aucune question. Mais depuis ce jour, tout était différent entre eux.

Ray éteignit l’eau glacée et sortit de la douche. Quand il se regarda dans la glace il s’aperçut que sa blessure était plus profonde qu’il ne l’avait cru et il passa un doigt dessus. Il frissonna sous le contact et soupira. Cette nuit encore, il avait perdu son temps. Aucune de ses formules ne réussissaient. Au fil des mois, Ray s’était rendu compte que retrouver une personne qui ne le souhaite pas était bien plus difficile que de la ramener d’entre les morts.

Il le savait Léane n’était pas morte mais elle se cachait…de lui….et pourtant ne cessait de le hanter toutes les nuits…..
Sa seule obsession à présent était de la retrouver…

Il enfila un baggy noir et un teeshirt sans manche noir également. A son cou brillait la chaîne en argent de son petit frère, seul souvenir visible de son passé. Chaque jour il la regardait durant de longues minutes essayant de se rappeler son visage mais rien ne lui revenait.

  

© Conselia 2009

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