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Marie Cécile

Annie
un texte de :

La fin de toute chose

Monsieur Prunière ouvrit les yeux. Il savait qu’il ne dormirait plus. Ces mots  fustigeaient son esprit depuis tellement longtemps. La fin de toute chose. Comment était ce possible s’était-il demandé maintes fois ? Cela ne pouvait pas. Pas vraiment. Pas complètement. Pourtant, il avait été envoyé là sur terre, pour mener la plus importante mission de toute sa longue existence. Il balança tristement la tête comme pour décrocher de ses pensées cette phrase fatale formulée quelque temps auparavant.
- Allez, dit il, au travail.
Mais d’abord il s’étira longuement puis se dirigea vers sa boule de cristal qu‘il examina soigneusement.
- Hum, bien, lâcha t-il au bout  de quelques minutes.
Il affichait un air satisfait et ses petites oreilles blanches tachetées de points dorés se redressèrent.
Il s’activa, il était temps de faire son rapport à qui de droit.
Il étendit un tapis blanc sur le sol et s’assit. Ses yeux d’un gris étonnamment argenté se fermèrent, c’était plus facile pour se concentrer.
- La mission est lancée, pensa t-il, mes agents sont dans la place.
- Bon travail,  perçut-il dans sa tête, en  retour. La voix était chaude et agréable.  Je n’attendais pas moins de vous. Vous avez carte blanche, nous comptons beaucoup sur vous. Je ne vous rappelle pas combien cette entreprise est importante sinon primordiale pour nous tous. Nous vous souhaitons bonne chance.
- J’ai confiance, il faut absolument croire à un dénouement heureux. A bientôt.
Monsieur Prunière ouvrit lentement les yeux. La connexion télépathique avec le 10ème monde, s’était passée sans incident et il en était satisfait, malgré la fatigue qu‘il ressentait à présent. Sa concentration avait été au maximum, car  il fallait que son esprit traverse les différentes couches de lumière,  ce qui  n’était pas un travail facile quand on venait du monde de la matière. Malgré tout Monsieur Prunière possédait une expérience hors du commun et avait réussi toutes les missions qui lui avaient été jadis confiées, qui consistaient toutes à rétablir la bonne marche  de l’Univers. C’était cela son rôle, veiller à l’équilibre des forces dans le cosmos. Il intervenait principalement sur terre, le septième monde. En règle générale, les perturbations avaient des origines surtout humaines comme le cas présent. Bien sûr, Monsieur Prunière n’intervenait jamais seul, il avait des assistants et  il les avait minutieusement choisis lui même cette fois-ci, conscient que l’opération était plus que cruciale. Il n’avait pas droit à l’erreur. Même la forme qu’il avait adoptée n'était pas le fruit du hasard car elle présentait plusieurs avantages notamment celui d’être discret et de ne pas se faire repérer par les gens de la maison. Depuis qu’il avait élu domicile dans le grenier du  43 rue Amiral Lacaze, personne n’avait détecté sa présence. De toute façon si cela devait arriver qui serait surpris de voir un gros chat blanc aux oreilles piquetées d’or, roder là. Il se releva sur ses quatre pattes, vacilla un brin ; la tête encore un peu lourde.
- Allez au travail dit-il, se déplaçant prestement, la torpeur passée. Il saisit son tapis immaculé et entrepris de le plier consciencieusement.

ANNIE
Annie examina  tous les visages.
- Mouais se dit-elle, encore une super rotation sur Atlanta. Avec des têtes pareilles, je vais m’éclater.
La petite salle de briefing dans laquelle venait de pénétrer la jeune fille, s’y tenait  assis sur des sièges, un équipage formé d’un Chef de Cabine Principal, de deux Chefs de Cabine, ainsi que de plusieurs hôtesses et stewards. Annie s’installa. Les chefs se présentèrent tour à tour et Yvan le CCP, commença les attributions de poste.
- Qui veut travailler en première classe, demanda t-il ? »
Avant que qui que soit ne se manifestât, Annie, l’hôtesse de l’air, leva la main
- j’aimerais bien déclara-t-elle. Enfin, si personne n’y voit d’inconvénient bien sûr »
Le sourire d’Annie se fit timide, envers ses chefs,  elle battit des cils. Elle sentit les regards des hôtesses qui la fusillaient, mais elle n’en avait cure. Annie essayait toujours de travailler en première classe  lorsqu’elle faisait ses vols, parce qu’elle jugeait que c’était sa place.
Dotée d’un caractère arrogant, prétentieux et ambitieux, elle se prenait pour la meilleure dans le travail, la plus méritante parmi ses collègues.  Quoi donc de plus normal pensait-elle que de se retrouver parmi les clients les plus riches, les personnes les plus brillantes, l‘élite du monde ?
La réunion terminée tout le monde sortit pour prendre la navette qui les amena à  l‘avion.
Annie ne s’ intéressait  en général qu’aux supérieurs hiérarchiques, car son envie à occuper plus tard un poste à haut responsabilité dans sa compagnie aérienne, lui dictait qu’il fallait surtout avoir de bonnes relations avec des personnes qui pourraient lui servir pour sa carrière. Elle s’arrangeait toujours pour travailler avec le chef principal et comptait beaucoup sur son charme naturel pour se faire des rapports écrits vantant ses qualités. Hommes ou femmes, les CCP, appréciaient énormément le professionnalisme d’Annie qui était bien réel, et son dossier était déjà rempli de rapports élogieux. Elle était toujours au courant de ce qui se passait au sein de sa profession: les dernières modifications amenées par la compagnie  sur les méthodes de service, les nouvelles réglementations de la Direction Générale de l‘Aviation Civile, les nouvelles mesures de sûreté, et même certaines procédures  qui ne la concernaient pas directement mais plutôt du ressort de ses chefs.
Sa compétence n’était donc jamais mise en cause.
Par contre, il n’en allait pas de même pour sa réputation auprès de ses collègues. Ces derniers la trouvaient trop ambitieuse et opportuniste, froide, et en règle générale ne l’aimaient pas, et çà elle le savait.
Un jour, après le service repas des passagers, Annie faisant partie de la première moitié de l’équipage qui devait se reposer pendant que l‘autre moitié était de garde, s‘était levée plus tôt, et avait surpris cette conversation entre deux de ses  collègues:
- Elle a les dents longues cette peste d’Annie, avait déclaré un steward
- T’as vu comme elle nous snobe ? Et tout ça pour s’attirer les bonnes grâces du CCP, avait rajouté une hôtesse. Encore une qui croit qu‘il suffit de faire la belle pour monter dans les hautes sphères.
- Je ne sais pas toi, mais moi quand elle m’adresse la parole, elle me refroidit, c’est très bizarre. Cette fille est faite de glace.
- Salut les minables avait elle proféré ne voulant pas en entendre d‘avantage. Alors ça vous plait de cracher sur moi, vous n‘avez rien d‘important à faire.
Elle était comme ça, Annie. Elle ne supportait pas les gens  qui n’avaient pas le courage de leurs opinions, sans ambitions et faibles. Elle ne voulait surtout pas d’une vie comme le commun des mortels, pas d’une petite vie avec une petite voiture, une petite maison, un petit salaire. Elle trouvait ce genre d’existence pitoyable. Elle sentait qu’elle était unique, et que sa destinée serait exceptionnelle.
  Durant le vol vers Atlanta, Annie prit bien soin  de ses passagers, elle adorait son métier. Elle essaya bien sûr, d’attirer les bonnes grâces d’Yvan. Elle lui garda un dîner de Première qui était de trop: du foie gras, des homards en sauce, une forêt noire et des sorbets au citron et framboise. Yvan s’extasia devant la petite table dressée à son intention.
- Woah s’exclama t-il, çà a l’air succulent…
  Elle le poussa à s‘asseoir.
- Le chef a droit à ce qui il y a de meilleur dit elle.  Installe toi, je suis de garde, je mangerai après. Si tu as besoin de moi, je suis sur le siège près de la porte du cockpit.

  

© Conselia 2009

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