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Miseena

Poèmes
un texte de :

Et la mangeuse
Il était une fois, lorsqu’elle poussa.
Elle avait les mains roses-sang et les dents vastes pour chanter et des ongles rabougris qui effleurent.
-Un soir nous irons danser la salsa, seuls, m’a-t-elle enfin glissé un soir où nous roulions dans nos beaux camions noirs légalement achetés, bien peints ou du moins en avait-elle l’air de le faire.
Il faut rappeler que lorsqu’elle voulait quelque chose, elle voulait l’avoir avec une rage sertie en ses tripes bruyantes.  Même son sommeil, elle le demandait en le refusant par des voyages insomniaques.  C’est pour cela que son être, nounours affable, ne lui plaisait guère et qu’elle lacérait parfois à fleuret moucheté de ses doigts ternes pour paraître irascible, tuait des enfants ça et là pour  paraitre aussi stérile que ses ongles mais son être était pareil à  celui d’un nounours en pleine peur du noir car il donnait  ses fables silencieuses avec joie :
ses lèvres facilement  remuables par des mots
ses mots qu’il adorait boire  La lire, les voir  (ses lèvres) et la ouïr lire étaient devenues ses hobbys.  Elle parlait de beaucoup de ses choses et d’autres choses aussi et il les buvait sans jamais dire non.  Au contraire, il était tout ouï en étant content de l’être
son être qui était déçu par la terre et le vacarme des hommes mais c’était sa propre terre et son propre vacarme qui le décevait.  Il était néanmoins heureux  comme une femme, son être.
J’étais content en tenant le volant et rapide tel une perdrix. Elle m’a pris dans ses mains turgides.   Les moteurs des camions cacabaient vertement. Enfin.
Elle était rare : rhododendron follet dans un potager rance.
 Lui, était et  vivait,  jouissant de sa tête, sa bouche et ses mains qui-  il le savait - allaient bientôt facilement partir vers une autre terre comme quand un bon trip nous abandonne à nos démons.
Elle dansa alors et je la regardais assis avec des yeux à la fois réconfortés et trémmulants danser avec un jardinier obèse qui lui montrait les photos de quelque frère jumeau mort après avoir attrapé la rage. Ses yeux rouges attiraient du monde et le jardinier obèse. Sur ces entrefaites, je me suis rappelé qu’elle a toujours dansé avec ce jardinier obèse, que c’étais moi le nouveau pour  elle, que mes mains étaient plus saumâtres que vertes.
Cette révélation fit débarquer  deux éléphants qui voulaient la lécher mais je suis tombé de ma chaise et je les ai attrapés par la queue, ces enflures.
-Laisse-moi saliver en paix, me dirent les éléphants.
-Un jour,  je ne serai donc plus. Mon être se dépeuplera en désert, comme le futur de la forêt, susurrais-je aux éléphants.
-Laisse-moi la regarder en salivant, me dirent les éléphants.
-Un jour, susurrais-je aux éléphants.
-Laisse-moi y aller et déverser sur elle ma salive, me dirent les éléphants.
Mais je les ai adoptés dans un petit coin.
Il les a adoptés dans un petit coin ; Ceci n’a pas empêché le fait qu’elle a passé des rhubarbes au jardinier obèse qui l’a ravie sur une bicyclette volée mais, bucheron atone qu’il était,  il n’en avait pas peur  car, sommes toutes et à la longue, l’uniformité barbare du béton n’est elle pas égale à la verdure précaire d’un potager




Salanganes
Sur les quais, nous fixâmes un pâtre maltais qui taquinait le goujon. Il se mit à voler avec ses roulements cahoteux et un esclaffement  mystérieux dans la poussière en sus.
Quant il nous vola nos passeports, nous paniquâmes. Sur le sien, sa nationalité était inscrite. Il nous dît qu’il avait des moutons broutant pas loin de là, pour faire connaissance :
-Ce sont là mes amis aussi. Je leur offre des poissons. Cette offrande le leur prouve. Et vous, comment allez-vous ?
Nous fîmes des cabrioles dans l’eau pâteuse avec fatuité.
-Ayez pitié de nous !
Il volait.
Ses ailes ne camouflaient nullement sa bouche édentée.
-C’est les cigarettes, osa-t-il nous confier à un certain moment. Leurs mégots ont été aussi durs pour moi que les tétons de maman. Lorsque je broutai ses seins impondérables, j’avais l’impression de sentir des petites larves de mercure sur mon palais et dans ma gorge bientôt ballante. Quel morceau !
Il s’envola et nous ne le vîmes jamais, ce maltais fourbe que nous snobâmes malgré le fait qu’il nous offrit des nids de salanganes. Il avait pris nos portefeuilles qui contenaient nos cartes d’identités et l’argent que nous avions gagné à la sueur de notre travail qui consiste justement à livrer des salanganes à des ménagères aussi baveuses que leurs omelettes au mouton.
Nous étions là pour fêter notre richesse en faisant des cabrioles dans l’eau pâteuse du port.
Et puis les quais se mouillèrent et nous rentrâmes en oubliant le maltais car le pauvre a dû tout simplement vivre un visqueux moment de solitude.
  

© Conselia 2009

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