Son sourire accroché à sa face, l’élève suivant arrive avec son père. Père qui a les yeux résolument tournés vers sa collègue. Charlotte jette un œil pour voir… son string. Le pull s’est relevé du pantalon taille basse et il semblerait que ça ait un effet sur les hommes. Le visage impassible, elle reporte son attention sur son élève qui vient de la saluer.
- Bonjour madame.
- Bonjour Aziz.
- C’est mon père. Mais il ne parle pas français.
- Et c’est vous qui allez traduire ?
- Oui.
La mine est réjouie mais pas trop. Il doit rester crédible face à l’homme aimanté sur la droite de Charlotte. Elle pousse un soupir.
- Et bien allons y. Je compte sur vous pour traduire le plus fidèlement possible.
- Oui. Ah voilà c’est ma mère qui arrive.
A croire que les hommes sont équipés d’un sonar interne. A l’irruption de sa femme, il affiche une forte concentration en fixant Charlotte de tous ses globes oculaires. Elle salue la femme puis continue.
- En ce qui vous concerne je suis satisfaite de ce premier trimestre. Vous faites preuve d’initiative, si vous êtes délégué ce n’est pas pour rien, et vous êtes dans le genre meneur positif. Bien sur, il y a encore des points à améliorer mais c’est un vrai plaisir de vous enseigner.
Il rougit sous la cascade de compliments. Puis commence à traduire. Au milieu de ce qui semble être une phrase, il se fait interrompre brutalement par son père. Sa mère s’en mêle aussi et le ton monte.
Charlotte hausse un sourcil, surprise. Enfin elle aimerait hausser un sourcil mais il faudra qu’elle s’entraîne, ce sont les deux qui se lèvent. Enfin c’est son impression. Elle tente de n’en lever qu’un, après tout elle s’ennuie en face d’eux elle ne comprend rien, quand les trois visages se tournent résolument vers elle.
- Que se passe-t-il ?
- Ils ne me croient pas.
- Ah. Ca ne va pas être facile. Attendez.
Et vive le langage des signes. Charlotte se montre du doigt, puis montre Aziz. Elle lève le pouce pour montrer qu’elle est contente, en espérant que ça veut dire la même chose dans toutes les langues, et manque d’exploser de rire en se disant qu’elle aurait pu lever un autre doigt pour leur signifier qu’ils sont pénibles. Le rire étouffé lui donne une sorte de rictus sur le visage. Elle se reprend et insiste le pouce en l’air. Puis regarde son élève.
- Dites leur que sinon on prend rendez-vous avec la surveillante qui parle turc et elle dira la même chose.
Il traduit. Alors ils semblent le croire. Du moins leur expression change du tout au tout pour passer d’une colère noire à un contentement certain. Ils lâchent un « merci » du bout des lèvres, en français, avant de partir. Elle souhaite bon courage à Aziz et se demande si c’est lui qui traite les courriers administratifs à la maison. Enfin cela ne la regarde pas.