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Patras

La Cultchure
un texte de :

Si je devais dépeindre la culture Algérie, je laisserai volontiers mon pinceau dessiner un champ de patates. Van Gogh aurait fait pareil. En mieux bien sur. Dans un champ de patate on voit l’herbe mais pas la patate car le bulbe se trouve sous terre.
Voilà ce qui en est de l’état culturel de chaque algérien. Normal dans un pays où il y a dix millions de gargotes pour une salle de cinéma. Ça schlingue la frite omelette à dix milles lieues et pas un souffle de théâtre. Ou si vous voulez quelque chose encore pour la comparaison, imaginez Hiroshima, dix minutes après le souffle de la bombe atomique larguée par les américains : un épais nuage de fumée dessus et la désolation en bas.
En fait, ce n’est pas autant l’absence  de dynamique culturelle qui me chiffonne, on s’y habitue, mais c’est où vont toutes ces subventions qu’on alloue pour la promotion culturelle. A quoi servent aussi tous ces discours cultureux, débités par des gens cultchivés ?  Car à voir les textes et les programmes, on doit être présent au moins une fois tous les dix ans à un festival de quelque chose, comme la bande dessinée, celui de la poésie, des arts et des lettres, etc ». Sauf si l’on entend par manifestation culturelle, la foire économique.
A la foire du Livre, les rayons étaient pleins à craquer de livres de recettes de cuisine ?!?...  De la mâacouda de madame au kelb elouz de monsieur en passant par la chamia de Tunis et le tadjine aux pruneaux, les algériens, du moins les oranais, avaient de quoi se cultiver le ventre. Et pour un bon bout de temps. Ils mourront moins bêtes en matière de connaissance culinaire. C’est déjà ça d’acquis.
Question cinéma, je pense qu’il est préférable de transformer les salles de cinéma en pissotières publiques, au moins ça fera rentrer un peu de sous à la commune, à défaut de spectateurs. Car là, il n’y a rien à dire.
Ah, oui, j’allais oublier, au dernier classement mondial des universités, l’Algérie se classe dès les 7000 Eme places. Est ce vrai ?
Non, ne vous en faites pas, je ne vais pas demander ce que l’on fait dedans.
 Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai pensé au champ de patate. L’étendue est vaste, comme l’âme, mais tout se passe dedans.  Chaque algérien traîne sa notion de culture .Les truffes, surnommées la viande du pauvre, poussent elles aussi à l’intérieur du sol. Et ce n’est pas pour rien que l’on surnomme un crétin, une truffe.

 
CHRONIQUE
 
La réforme mentale  
 
 
Ce qui a finalement changé entre le socialisme et le capitalisme, c’est juste le préfixe. Le suffixe (isme) est gardé pour la conjoncture. D’ailleurs quelle est la différence entre un algérien d’avant (…. de l’ère socialise) et celui d’aujourd’hui ? aucune, sauf que l’ancien était capitalement réformé, le nouveau, socialement réformé.  Vous êtes d’accord ? A mon avis, la différence est si minime qu’un myope peut voir ça sans lunette,  puisque le taux d’illettrés est le même, celui de mazloutine est le même, des célibataires inquiétant, des délinquants effrayant, des chômeurs horripilant, des « célibatrices » dérangeant, des zefafa déshonorant, des mendiants angoissant, des fous menaçant, des divorces outrageant, des riches  avilissant, des crétins dégradant, des arrivistes exaspérant, d’hypertendus déroutant, de khobzistes grandissant, de faux ceci faux cela hilarant.
En somme, la réforme mentale n’a jamais changé de tête. Seules les stigmates de la désolation ont viré d’une dièse. Autrement dit, les réformes ont ceci de bon, soit de maintenir toute cette faune dans son moule, qui dans le crétinisme, qui dans l’opportunisme, qui dans l’arrivisme, qui dans l’obscurantisme. Vous voyez, il y a toujours ce satané « isme » qui revient comme un dogmatisme fataliste qui nous colle à la peau et auquel on nous a voués. C’est le total pessimisme.
Des bidons d’huile safia de 05 litres, on passe à la puce,  transitant par la banane, le tout enrobé d’un zest de nationalisme.
La preuve par neuf, les plus émérites des écoles et universités algériennes sont allés troquer leur savoir ailleurs, contre des écus sonnants et trébuchants. Quand ils reviennent au pays,  des années après, ils ont dans la tête des sacs de ciment, des lots de terrain, des briques rouges de 08 et de 12 dans la tête, du tors 06 et 12 ou 14, et un mépris impudent et une carte de séjour encore valide.   
  
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Changement et alors ?
 
 
La vie politique change mais pas la vie du citoyen. Les saisons aussi, pas sa fiche de paie. A la tête comme en bas, le changement pour lui, ça ne veut rien dire du tout. Comme dans la chanson de Piaf. La vie continue sans lui. Sans sa volonté. Il continue à faire la queue leu-leu. Tant que son couffin attire la pitié, tu peux lui raconter tout ce que tu veux. Il ne sourcillera pas. On lui demande de changer mais on ne le laisse pas faire. Comment peut-il évacuer son stress ?
Les buildings poussent de partout et prennent des couleurs, mais pas sa mine. Elle prend plutôt, la direction diamétralement opposée. Un parpaing de plus pour l’un, un dinar en moins pour les autres. Dans l’ensemble des vecteurs, on appelle ça la direction. La mesure algébrique n’est pas la même pour tous. Marche en avant pour les uns, marche arrière pour les autres. L’argent fait le bonheur des uns et le malheur des autres. La politique aussi. Elle enrichit les uns et appauvrit les autres. 
A croire que le citoyen produit lui même son malheur ! Il vote  pour quelque chose, il retrouve autre chose ! C’est le miracle algérien. Il espère quelque chose, on lui donne autre chose ! Il naît socialiste, il meurt capitaliste. Sans capital. Drôle de destin.
Il a connu un pays, il retrouve un autre. Sans son avis.
Il regrettait un temps passé, il regrette maintenant le présent. Et il regrette déjà le futur. Non par fatalité. Mais par dépit. Il rejette tout en bloc. «Prenez tout ce que vous voulez, semble-t-il dire, je garde ma paix ». Surtout qu’on lui promet une hausse de tarifs…la facture est sa bête noire.     
On dit que l’homme est né bourgeois, mais ce n’était pas de lui qu’on parlait. Les sociologues doivent revoir leur classique. Lui, il sert uniquement pour les calculs. Des calculs politiciens. Sa voix vaut plus que toute sa vie. Parfois, on sollicite ses deux mains pour applaudir. Puis silence radio. Sa vie est comme une ponctuation, sans texte. Un cinéma muet. Charlot a au moins parlé dans ses films avant de mourir.
Changement et alors? Il s’est posé la question mille fois. Il a tenté des réponses, il n’a eu que des questions. Sa vie est devenue un interrogatoire sans fin. Un tapis qui ne cesse de se dérouler sous ses pieds, sans en connaître la destination finale. Une mélodie inachevée. Et qui ne s’achèvera jamais.

© Conselia 2009

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