Chapitre I
Serges est né dans la ville où son père exerçait la fonction de vendeur dans un magasin appartenant à Monsieur Georges. Monsieur Georges était le propriétaire de la ville si on peut s’exprimer ainsi. Il contrôlait tous les secteurs productifs de la ville et tout le monde dans la ville était à son service.
Dans la ville en question, il n’y avait qu’une façon de vivre : soit on travaillait pour Monsieur Georges, soit on quittait la ville.
Comme tous les fous, maniaques, psychopathes de ce monde, Monsieur Georges était un homme aux capacités largement supérieures à celles des personnes ordinaires ; très malin, il avait toujours possédé des techniques infaillibles pour déjouer tous les pièges des temps modernes. La démocratie, les libertés individuelles, les droits de l’homme, voici des termes et thèmes sur lesquels Monsieur Georges a cherché à tout savoir dans le but de mettre ses projets à exécution sans difficultés. Pour vaincre un adversaire, il faut bien le connaître, surtout ne pas négliger ses capacités et talents, bien les maîtriser pour mieux l’avoir. Pour dominer tout un peuple, il faut connaître ce peuple, ses moindres traits caractéristiques, ses aspirations et surtout en ces temps modernes, où tous les peuples se communiquent, ses idées et conceptions sur des notions telles que la démocratie, la liberté d’opinion et d’expression, les droits de l’homme etc. L’information fait toujours la différence dans ce monde de haute compétition !
Ainsi, pour toutes les affaires dans la ville, commerces, usines, entreprises quelconques, on trouvait toujours le nom de Monsieur Georges, enfin, s’il le voulait, car il pouvait aussi plaquer des noms fantaisistes et absurdes ! Mais, il ne fallait surtout jamais se tromper, tout appartenait à Monsieur Georges !
Le père de Serges travaillait pour Monsieur Georges et l’homme simple et très honnête était fortement apprécié de son employeur. Il offrait toujours un travail bien fait, il manifestait un calme et une indifférence sans pareils pour ce qui ne l’intéressait pas. Il savait ce qu’on attendait de lui et il faisait uniquement ce qu’on attendait de lui sans négligence ni zèle. Le père de Serges était mieux payé que les autres et quand son fils est venu au monde, il a confié à sa bonne dame :
- Depuis le jour où j’ai réalisé que j’étais contraint de rester dans cette ville à travailler pour Monsieur Georges, j’ai décidé que si une bonne femme me faisait un jour la grâce de me donner un enfant, je l’élèverais ailleurs qu’ici…
- Mais nous ne pouvons pas vivre ici et élever notre fils ailleurs…Tu fais mal que de penser tel que tu le fais. Tu as commencé à être très proche de Monsieur Georges et il se montre très généreux à ton égard. Prie le d’être le parrain de notre fils, s’il accepte, notre enfant aura meilleure place que ses parents dans l’organisation…
- Tu ne comprends donc pas ma chérie ce que je veux pour notre fils. Monsieur Georges tue tous ceux qui essayent de le quitter car il craint qu’ailleurs, on puisse donner des secrets sur lui. Il est paranoïaque, nous le savons tous. Je veux que mon fils puisse vivre en paix et construire sa vie comme il l’entend. Il n’aura pas besoin de travailler toute sa vie au service de quelqu’un. Je veux pour mon garçon ce à quoi, nous avons cessé même de rêver, la liberté…
- Tu sais très bien que ce n’est pas du tout une bonne idée, mais pas du tout…Ce serait la fin pour nous et aussi pour notre fils. Monsieur Georges ne tolérerait pas une telle trahison, il nous tuerait tous, même notre fils sans hésiter.
- Qui ne risque rien, n’a jamais rien ! Tu ne me diras pas que tu veux une existence comme la nôtre pour notre fils ?
- Avons- nous le choix ? Tu as toi-même dit que lorsqu’on sait se conduire correctement, on arrive à survivre ici sans problème. Nous saurons éduquer notre enfant, je sais que tu seras un excellent père comme tu as su être un mari parfait pour moi.
- Je crois que tu ne comprends pas ce que je dis. Dans ma situation, c’est comme si j’avais vendu ma vie à Monsieur Georges. Mon fils, je veux qu’il sot libre, je me moque de ce qu’il deviendra ailleurs, mais je veux qu’il soit un homme libre. Je te demande ma chérie de réfléchir à ce que je viens de te dire. C’est maintenant que nous devons nous décider car l’enfant est encore tout petit, personne ne l’a encore vraiment remarqué…
Une mine et plusieurs autres trésors avaient été découverts, il y’a plusieurs dizaines d’années à l’emplacement actuel de la ville. Mais cette découverte se fit dans des conditions bien particulières…Le grand-père de Monsieur Georges s’était perdu avec un ami dans la grande broussaille. Ils étaient allés en camping et se firent attaqués par une multitude d’animaux. Le grand père de Monsieur Georges était un homme courageux, adorant les épreuves dans lesquelles il se prouve sa virilité, sa force physique, et sa domination sur l’adversaire et de façon générale sur l’adversité. Il décida de ne pas fuir face à ces bêtes sauvages qui les attaquaient, il se défendit sans jamais penser à reculer un seul instant, malgré les grandes blessures que ces animaux lui faisaient en le mordant ici et le piquant là, il finit par les mettre en déroute, mais cela ne lui suffisait pas. Il se mit à la poursuite de ces bêtes et son ami qui s’était réfugié dans les branches d’un arbre, le suivit en courrant après lui jusqu’à ce qu’ils atteignent l’emplacement actuel de la ville où ils croisèrent un chasseur solitaire. En vrai dominateur de la brousse, le territoire du chasseur était truffé de pièges en tout genre auxquels n’échapperait pas même le plus habile des hommes. Les deux hommes tombèrent docilement dans un trou justement à l’endroit le plus dégagé où on pouvait clairement voir la terre ferme. Le trou avait ses particularités, les deux hommes avaient encore la tête dehors quand ils y tombèrent, quand le grand père chercha à s’agripper sur un bout racine pour en sortir, le trou s’approfondit d’environ un mètre et cette fois, ils étaient complètement engloutis, mais les rayons du soleil leur parvenaient et le grand père avait une fois inébranlable dans le soleil, il prétendait tirer sa force du soleil, alors tant qu’il pouvait voir des rayons du soleil, il revenait à la charge, il ne s’avouait jamais vaincu…Il palpa alors les parois du trou, avec ses doigts, il gratta un peu pour s’agripper, s’il s’efforçait d’atteindre le bout de racine, il réussirait à sortir. Dès qu’il tendit le bras vers la racine, il s’écroula et le trou s’était encore approfondi, cette fois de deux mètres. Quand tout au fond, le grand père leva la tête, il aperçut le visage étrange du chasseur.
- Venez nous aider, monsieur ! Hurla l’ami du grand- père.
Le chasseur ne répondit pas.
- Supplie le aussi de nous aider, demanda l’ami au grand père.
Le grand père ne dit rien, il fixa intensément l’homme en haut et il s’assit sereinement dans le trou. Son ami continuait de hurler, alors il lui dit :
- Ne te fatigue pas, qui penses-tu a creusé ce trou ? Il veut jouer avec nous, attendons tranquillement qu’il se décide…
- C’est que c’est un cannibale, il va nous dévorer…
- Si ce connard doit dévorer une personne, ce ne pourrait être que toi !
- Tu ne vas tout de même pas le laisser me dévorer, tu m’as promis de me protéger avant que je ne te suive pour ce camping !
- Dans ce cas, tu la fermes et tu t’assois pour que nous attendions ce malade se décider…
- Dans ce trou, nous sommes vulnérables, nous sommes entièrement à sa merci !
- Ferme la ! Hurla le grand père.
Le chasseur leur versa du sable sur la tête, quand le grand père leva ensuite la tête, il lui fit tomber un crâne d’humain. Il regarda et cria au chasseur :
- Si tu es vraiment un homme, fais moi sortir et affronte moi à la loyale !
Le chasseur lui versa encore du sable avec son pied et s’en alla…
- Tu ne devrais pas le défier, tu ne devrais pas le mettre en colère, tu vois bien qu’il entend tout ce que nous disons. Dit l’ami.
- Il ne me fait pas peur, tu comprends ! Je veux que tu arrêtes de râler, une personne qui vit dans ces conditions, ne peut pas avoir de cœur, il ne connaît que le combat…
- Je regrette de t’avoir suivi, j’aurais dû écouter ma pauvre femme, elle m’avait pourtant prévenu…
- Quand je te demande de la fermer, je veux que tu t’exécutes. J’ai besoin d’être concentré pour accueillir ce malheureux quand il viendra.
- Entre lui et toi, je me demande qui est le plus fou ?
- Voilà justement pourquoi le combat sera intéressant ! J’ai hâte de l’affronter, tout ce que je lui demande, c’est qu’il le fasse à la loyale !
- Tu ne sais même pas si c’est avec un homme ou un démon que tu veux te battre. Peut-être que ces bêtes qui nous ont attaqué ne faisaient qu’obéir à ses ordres. Tu as dû remarquer qu’à la façon dont ces bêtes se battaient, elles semblaient avoir été entraînées. Si elles l’ont été, qui est le maître ?
- Voilà que tu dis des choses intéressantes. C’est vrai que ces bêtes se battaient de façon rangée, et quand le chef a décidé d’abandonner, les autres l’ont suivi. Même dans la course, chacun avait sa place et tous suivaient le chef…
- Tu comprends que nous sommes très mal barrés…
- Ce n’est pas parce qu’il apprivoise des bêtes sauvages qu’il est un être surnaturel, tu l’as vu avec moi, c’est un homme comme toi et moi. Et moi, je n’ai pas de raison d’avoir peur d’un être humain comme moi !
Ils passèrent toute la nuit dans le trou, le grand père ne dit plus rien, il ne répondit même plus aux questions de son ami, il resta aussi insensible à ses interminables lamentations, au petit matin, ils entendirent des pas s’approcher, le grand père se tint débout en sortant son couteau, son ami préféra se blottir derrière lui, le chasseur arrêté en haut, leur jeta plutôt une corde.
- Laisse moi y aller en premier puisque tu ne sembles pas pressé de quitter ce trou ! Lui dit son ami.
- Vas-y, mais tu ne peux savoir quel accueil, il te réserve ?
- Dans ce cas, toi, vas-y en premier, je préfère rester ici en vie que mourir une fois dehors…
- Et, s’il ne t’envoie plus la corde ?
- Mais enfin, que veux-tu que je fasse ? Quelle attitude veux-tu que j’adopte ? Questionna l’ami mort de peur.
- Tu es encore plus décevant que je le pensais…Tu ne mérites pas d’être appelé « homme ».
- Dis ce que tu veux, tout ce que je veux moi, c’est de quitter ici sain et sauf et de retrouver ma famille le plus tôt possible !
- Dans ce cas, j’y vais en premier, laisse moi l’affronter et le vaincre avant d’accepter de monter !
- Oui, cela me va !
Le grand père grimpa jusqu’au chasseur, mais il fut surpris de le voir désarmé et loin d’être en position de combat, au contraire, il l’aida à remonter, le mit de côté et lança la corde de nouveau…L’ami voulait strictement respecter les consignes, il refusa de monter. Le chasseur remua à de nombreuses reprises la corde pour lui, mais il hurla vouloir une garantie qu’il ne lui ferait rien…Alors le chasseur retira sa corde.
- Que faites-vous sur mon territoire ? Demanda t-il au grand père.
Le chasseur n’avait pas du tout l’air violent ni méchant, il avait plutôt l’air d’un moine exilé, un ermite ascète. Le grand père comprit que le défi serait plutôt de prouver son degré de sagesse :
- Nous avions décidé de passer un week-end dans la savane, loin des bruits de la ville et de la pollution, nous voulions pour quelques instants communier avec la mère nature et profiter de son air pur pour nous ressourcer. Mais nous avons subi des attaques répétées de bêtes sauvages. Nous nous sommes retrouvés sur ton territoire simplement en suivant la trace de ces animaux. Répondit le grand père.
- En ville, avant de pénétrer la demeure de quelqu’un, vous vous annoncez à la porte, mais ici, vous êtes entrés comme des voleurs, sans la moindre permission et dans le mépris total des occupants des lieux. C’est une faute grave en ville, c’est une faute grave ici !
- Nous vous prions de nous en excuser, nous ne pouvions pas imaginer rencontrer quelqu’un ici et je reprends, nous ne faisions que suivre ces bêtes qui nous ont attaqués. Aussi, nous n’avons rencontré personne, sinon, nous aurions respectueusement salué et nous ne nous serions installés qu’après leur permission…
- Quand je parle d’occupants, je ne parle pas d’être humain, regardez ce rocher à cinq pas d’ici…
Le grand père dut chercher quelques instants pour retrouver le caillou dissimulé derrière une grande touffe d’herbe ; quand il reconnut, le chasseur poursuivit :
- Ce rocher est l’âme de plus d’un million d’ancêtres, il a le pouvoir que toutes ces personnes ont eu quand elles étaient en vie, et qu’elles ont développé une fois dans l’au-delà. Son esprit est incommensurable, il mérite le plus grand respect et vous l’avez dépassé avec la plus grande indifférence !
- Je ne suis qu’un ignorant et je ne pouvais déceler toute la valeur de cette pierre. Je ne suis qu’un simple mortel, je suis donc aveugle quand il faut voir les choses mystiques. Une fois encore, je vous demande d’accepter mes sincères excuses !
- Puisque vous ne savez rien et ne connaissez que la forme de vie manifeste et physique, je ne vous en voudrai pas. Vous allez donc considérer que je vis tout seul ici, loin de la civilisation et c’est ainsi depuis de très longues années. Je peux vous garantir que j’ai moins d’ennuis, tous les animaux du périmètre sont mes amis, ils me connaissent tous et me respectent, et c’est eux qui m’ont prévenu de votre intrusion !
- Vous semblez être un homme pur et bon, mais pourquoi avez- vous entraîné vos bêtes à être si agressives ? Regardez toutes ces blessures que je porte, ce sont elles qui me les ont faites.
- Ces bêtes qui vous ont attaqués, ne font pas partie de mes amis. Cent mètres à l’ouest d’ici, réside un chef démon, c’est à lui qu’appartiennent les méchantes bêtes. C’est lui qui déteste les humains, parce qu’il a été banni de la société des hommes.
- Comment faites-vous pour cohabiter ?
- Depuis que je me suis installé sur ces terres, il n’a jamais arrêté de m’attaquer et de violer les accords convenus, mais mes dieux me protègent, il ne peut rien contre moi !
- Comment est-il ce démon ? Posa le grand père, je n’ai jamais vu de démon.
- Il est affreux comme tous les démons, il est méchant et ne veut que la destruction…
- Je pensais que les démons étaient toujours très soignés et attirants pour mieux séduire les hommes et les entraîner vers eux !
- Mais à l’intérieur d’eux, ils sont horribles, je ne regarde que l’intérieur des êtres, l’apparence n’a pas la moindre importance pour moi…
- Dès l’instant où tu es apparu au dessus du trou, j’ai su que tu étais un homme bon et que tu ne me ferais rien…Sortit le grand père.
- Sale menteur, ferme la. Tu avais les pires idées, je sais lire dans la tête des hommes. Tu as toujours ton couteau en mains, que comptais-tu en faire ?
- Vous êtes un homme véritablement sage, je m’attendais à livrer bataille immédiatement comme j’ai dû le faire avec les bêtes sauvages…Mais dès que mes yeux ont croisé les tiens, mon cœur a blanchi et j’ai compris que j’empruntais une mauvaise voie…
- Mais tu es un homme courageux, et il est toujours bon d’être courageux sinon on n’arrive à rien construire. Tu es très différent de ton ami qui n’est pour moi qu’une femme !
- En fait, il sait aussi être courageux, mais dans d’autres domaines…Puisque nous sommes à présent entre personnes non violentes, je vais faire appel à mon ami et nous allons échanger gaiement. Je te prie de nous considérer comme des amis, des invités…
Le grand père alla retrouver son ami pour lui demander de remonter, mais un peureux reste peureux et la peur est l’une des plus grandes faiblesses. Il y’a des vertus qui font l’unanimité parmi les divinités et les démons, parmi les sages et les insensés, parmi les érudits et les incultes, il s’agit du courage, de l’effort et de la conviction, alors une personne qui ne les développe pas sera inutile, elle ne pourra servir la malveillance, elle ne pourra défendre la bienveillance.
- Avez- vous fini la bataille ? Demanda l’ami.
- C’est plutôt un sage, ce chasseur, nous n’avons pas à nous battre…Je lui fais entièrement confiance, tu peux remonter.
- Comment peux-tu faire confiance à quelqu’un qui t’a lapidé avec un crâne humain ?
- Il voulait juste nous faire peur, mais ce n’est pas un méchant !
- Je préfère rester ici…
- Dans ce cas, je m’en irai et tu devras retrouver ton chemin tout seul pour rejoindre ta chère famille.
Ce n’est qu’à la suite de ces mots, qu’il accepta de grimper.
- Je vous invite au palais, annonça alors l’ermite à l’apparence de chasseur. Mais je tiens à vous prévenir. Vous ne connaissez pas cette jungle mieux que moi, si vous tentez quoi que ce soit, vous le paierez de vos propres vies.
- Vous pouvez nous faire confiance. Mon ami ne fait que ce que je lui dis et moi, je vous garantis que nous ne tenterons pas la moindre chose, ni contre vous ni contre votre gré.
- Je ne veux que devenir votre ami, vous semblez être une personne auprès de laquelle, nous apprendrons certainement de nombreuses choses inimaginables…Ajouta l’ami du grand père de Monsieur Georges.
Alors, le chasseur taquina :
- Si je vous proposais de vous attacher, qu’en diriez-vous ?
- Vous n’en avez pas besoin, nous venons de vous assurer que nous ne ferions absolument rien. Pourquoi refusez-vous de nous faire confiance ? Paniqua l’ami du grand père.
- Si vous pensez que vous serez plus en sécurité en nous sachant attachés, faites le. Vous ne vous ouvrirez pas à nous si vous ne vous sentiez pas en totale sécurité.
Le chasseur- ascète- moine choisit plutôt de ligoter l’ami du grand père. Il demanda au grand père de le suivre et visiblement il le conduisit au lieu où il recevait ses invités. L’apparence du chasseur changeait au fur et à mesure qu’ils avançaient, ses vêtements avaient changé de couleur et étaient devenus plus propres, sa coupe de cheveux mêmes se modifiait, sa voix changeait et le grand père avait cette fois l’impression d’être en face d’un homme raffiné, loin de l’homme sauvage qui s’était montré au dessus du trou où ils étaient tombés, son ami et lui…Il se frotta le visage à plusieurs reprises et quand ils atteignirent le lieu de réception et que le chasseur demanda au grand père de s’installer, il était en face d’un roi, la couronne, les ornements sur les vêtements, la canne d’or, le soin sur le corps…Non, il avait des hallucinations, se convainquit-il.
- Tu sais, cela fait pratiquement trois jours que je n’ai pas mangé, je pense que mon esprit en a été entamé. Je ne veux que de l’eau, pas de nourriture pour l’instant, uniquement de l’eau…
Ils étaient assis sous un arbre, le chasseur- prince appuya sur une écorce, il sortit de derrière l’arbre, une table sur laquelle se trouvaient une gourde dorée et un verre tout aussi luxueux.
- Tu ne pourrais rencontrer meilleure eau ailleurs…Je consens à te donner de la plus exceptionnelle de toutes les eaux pouvant exister sur terre.
Et le prince assura lui-même le service.
- Je crois que je ne vais pas bien, j’ai des choses bizarres dans la tête…
- Tu vas au contraire plutôt bien. Tu ne t’es pas demandé pourquoi j’ai refusé d’emmener ton ami avec nous ?
- Peut-être que chez vous, à chacun son tour…
- Il n’est pas un homme à supporter et comprendre ce que je vais te montrer. Tu as toi, déjà la force morale pour supporter et tu as aussi l’intelligence pour comprendre…
- Qu’y a-t-il à supporter et à comprendre ?
- Buvez d’abord de mon eau et nous aurons tout le temps pour parler…
Le grand père s’exécuta, il est vrai que cette eau avait un goût particulier, il n’avait jamais goûté à une eau aussi douce, mais il toussa à trois reprises juste après la première gorgée, il vida pourtant le verre sereinement et dit merci au chasseur.
- Tous les humains qui ont bu cette eau avant toi se sont tout de suite évanouis, toi, juste une rapide petite toux…
- J’ai aussi senti la tête me tourner…
- Mais tu as réussi à dominer ce malaise, comme quand tu as remarqué ma mutation progressive, tu as pensé que tu hallucinais sûrement parce que tu as le ventre creux et tu as demandé de l’eau, quand tu as fini de boire, tu t’es aperçu que tu ne rêvais pas, je n’étais plus du tout la même personne…
- Qu’est-ce qui justifie tous ces mystères ?
- La vraie question est de savoir si tu as peur des mystères ou pas ?
- Mon grand père me disait toujours que les choses qui se cachent ont peur d’être vues de tous. Quand on ne craint rien comme le soleil, on s’affiche tous les jours et on fait ce qu’on a à faire sans tenir compte des petits commentaires des petites gens…
- Il se voit directement que tu es un homme très courageux, les hommes en général, n’ont plus peur de ce qu’ils connaissent, mais ils sont toujours effrayés par ce qu’ils ignorent. Toi, tu affirmes que ce que tu ignores, doit être certainement plus faible…
- Ce même grand père me disait toujours que les grands hommes se moquent des compliments comme des calomnies, ils ne pensent qu’à ce qu’ils ont à faire…Je suppose que tu ne m’as pas fait venir ici pour rien, je veux savoir ce que tu as à me montrer…
- Regarde ce chat à l’ouest, fais attention à ces gestes…Invita le prince- chasseur- mystique.
Le grand père s’exécuta, le chat avait de vives couleurs brillantes, ce n’était pas vraiment extraordinaire, quand il se tourna pour demander au chasseur- prince- mystique ce qu’il voulait lui prouver, il constata que tout avait changé autour du chasseur, un décor très moderne, avec des appareils même sophistiqués, des gadgets que le grand père n’avait d’ailleurs vus que dans des revues spécialisées :
- Tu tiens forcement à m’impressionner avec tes changements spontanés et immédiats, dis-moi directement ce qu’il y’a, je suis prêt à t’écouter. Si tu voulais me prouver que tu es un demi dieu, je suis convaincu, si tu voulais me prouver que tu as de grands pouvoirs, je n’en doute plus maintenant. Mais à présent, quittons les illusions et parlons vérité et réalité.
- Je ne fais les choses que pour des objectifs toujours précis…
- Vous êtes successivement un chasseur, un moine- ascète, un prince, un chef mystique, dites- moi qui êtes-vous, où vivez-vous, vous avez voulu que je me pose des tas de questions, c’est fait, à présent répondez !
- Nous ne sommes plus les amis que nous étions au début, et tu commences à perdre patience, ce qui n’est jamais une bonne attitude. Il faut faire tous les efforts dans la position dans laquelle on se trouve et rester concentré en attendant que vienne le temps pour chaque chose…
- Les hommes simples attendent que se présentent les occasions favorables pour agir, les grands hommes créent les occasions favorables et mènent leurs actions toujours en maîtres.
- Je suppose que tu fais partie des grands hommes ?
- Si tu as un enfant, dans quel lot, le conseilleras-tu d’entrer ?
- Alors, je te dirai que ce lieu est mon royaume, j’en suis le maire, le juge, le procureur, je suis l’autorité dans cette ville. Je cumule tous les postes.
- Quoi ? S’étonna le grand père. Je me sentirais mieux si tu m’expliquais un peu tout ce que tu viens de dire…
- C’est pourtant très simple ! Je n’ai prononcé aucun mot que tu ignores, comment sont donc régies les villes chez toi ? Je ne fais qu’appliquer une administration semblable à celle des grandes villes.
- Bien évidemment, il y’a un maire, un juge et toutes les autres autorités que vous avez citées. Mais d’abord et avant tout, il y’a des hommes qui peuplent et animent la ville. Il n’y a pas un seul homme qui fasse tout lui seul.
- Les hommes sont des êtres vivants, ici aussi, j’ai des êtres vivants qui animent la vie dans ma cité. C’est absolument pareil !
- Tout ce que tu dis, est mystérieux. Remarqua le grand père de Monsieur Georges, quand je pose des questions, c’est pour mieux comprendre les choses et non, pour avoir encore plus de mystères. Tu es un fort parmi tes semblables, montre-moi de quoi tu es capable !
- Tu l’as toi-même dit, nous sommes des amis, nous ne sommes pas ici pour rivaliser, c’est toi le maître et moi l’élève, tout ce que je te demande, c’est de te montrer plus clair.
Le chasseur claqua des doigts et toutes sortes d’animaux imaginables apparurent. Le grand père se vit soudain entouré de tigres, lions, gazelles, buffles et même en rampant un caïman lui frotta les pieds de sa queue.
- N’aie surtout pas peur de mes administrés, ces braves citoyens ne te feront rien car ils savent que tu es mon invité. Dans un pays, tous les habitants respectent les invités du roi…
- Tu es un être humain à la tête d’un royaume d’animaux ! Qu’est-ce que cela signifie ?
- Ce n’est que cela la clé du mystère. Tu voulais voir mon honorable population, je te l’ai montrée, et ce que j’espère, c’est que tu aies tout mieux compris à présent.
- Je pense qu’il faut d’abord les faire partir parce que je ne sais pas comment discuter avec eux. Je les ai vus, je suis honoré d’avoir fait la connaissance de ton peuple, maintenant, ce n’est qu’avec toi seul que je veux échanger.
- Tous les êtres peuvent échanger entre eux, il suffit d’y mettre de la volonté…
- Peux-tu être certain de la volonté de tes concitoyens de discuter avec moi ?
- Ca me fait déjà plaisir de sentir la peur t’envahir. Tu ne te sens plus maître de ce qui se passe…
Et le prince- chasseur fit partir ses bêtes.
- Comment as-tu réussi à domestiquer tous ces animaux de cette jungle ? Pourquoi vis-tu ici, qu’est-ce qui s’est passé dans la société où tu vivais ? As-tu de la famille ?
- Si tu les posais une à une, je saurais te répondre, mais quand tu en poses trois ou quatre à la fois, je ne m’en sors plus…Tu emploies un mauvais terme quand tu dis « domestiquer ». C’est plutôt moi qui suis né parmi eux et ce sont eux qui m’ont élevé et protégé.
- Quoi ? Un homme élevé par des animaux ? Non, ce n’est possible qu’au cinéma. Nous ne sommes pas dans un dessin animé, comment ta maman a fait pour se retrouver en ce lieu perdu loin de la civilisation pour t’y mettre au monde et t’y laisser tout seul ? Comment fais-tu pour parler la langue des hommes ? On apprend à tous les enfants à parler ? Qui te l’a appris à toi ? Non, tu n’es pas né parmi les animaux, tu es arrivé ici un jour, comment et pourquoi ? Voilà ce qui m’intéresse !
- C’est simplement ta compréhension des choses qui est limitée.
- Je savais que j’apprendrais énormément avec toi. Je ne suis qu’un ignorant, cela ne fait l’ombre d’aucun doute, mais je te garantis qu’aucun humain normal ne comprendrait ce que tu expliques. Quand je me presse pour tout comprendre, tu fabriques encore une énigme, alors je te laisse y aller comme tu le souhaites, je suis à ton entière disposition !
- Dis-moi, à ton avis, ne suis-je pas un humain, moi ? Interrogea le mystique- prince.
- Une indiscutable apparence humaine, mais à part cela, tout est confus…
- Tu ne pourras pas tout comprendre aujourd’hui. Je m’efforce d’employer les méthodes les plus simples, tu peux en être certain. Tu amélioreras ta compréhension de ces phénomènes qui te paraissent aujourd’hui si étranges, mais qui sont en réalité très simples, au fur et à mesure que nous échangerons. Ce n’est pas vraiment ta faute, vous les hommes de cette époque, vous cherchez la connaissance et non la sagesse.
- Quoi ? S’écria le grand père. Nous avons hâte de retrouver nos familles. Je suis même sur que l’épouse de mon ami ligoté que nous avons laissé là-bas, a déjà lancé un avis de recherche. Et, c’est moi qu’elle tiendra pour responsable de la disparition de son mari. Ne nous garde pas ici plus longtemps, nous reconnaissons avoir violé ton territoire, je te supplie de nous pardonner, mais à présent, nous devons partir.
- Vous n’auriez pas parcouru cent mètres que le roi- démon aura déchaîné ses malveillants soldats contre vous…Restez sous ma protection et vous ne repartirez qu’une fois forts, solides et capables de mettre en déroute tous ceux qui pourront vous attaquer…
- Nous les avons affronté une fois, je suis prêt à les affronter une seconde fois. Je suis toujours prêt pour le combat, mais il me faut partir. Nous ne sommes pas des rois où nous vivons, et nous évoluons dans une organisation moderne, il faut chaque matin aller au travail où chacun a son rôle à jouer, notre absence ralentira les activités auxquelles nous participons…Si tu aimes vraiment notre compagnie, je peux te garantir que nous reviendrons te voir !
- Je ne suis pas un dictateur, je suis un chef bienveillant qui respecte la volonté de tout le monde. Vous voulez partir, ton ami et toi, je vous laisse la route. Mais en ami, laisse- moi te donner ces quelques conseils. Tu ne manqueras certainement pas de croiser des envoyés du roi- démon, tu as vaincu les premiers soldats, il t’enverra les meilleurs membres de sa division d’élite, ils sont sans pitié, très voraces et très forts…Je ne pourrai plus rien pour toi car tu seras hors de mon territoire, tu peux me croire ami, ni ton ami, ni toi ne pourriez regagnez vos familles.
- Tu veux me faire peur. Je comprends que tu t’ennuies à être seul ici parmi tes animaux, mais comprends que je ne suis pas né parmi eux comme toi, je vis avec mes semblables hommes…
- Je ne fais que te dire ce qu’il y’a de plus vrai…C’est en ami que je te parle, ce n’est qu’un conseil, la décision t’appartient. Tu peux avoir la plus grande confiance en toi, mais es-tu certain de pouvoir protéger ton ami en toutes circonstances ? Je l’ai vu et tu le connais mieux que moi, il n’a pas le moindre courage, aucune foi en lui-même, alors que pourrait-il faire dans la situation présente ?
- Tu veux nous retenir en prisonniers et tu prétends être un ami, ça, ce n’est pas de la bienveillance, j’appelle ça de la malveillance au premier degré…
- Les prisonniers ont des chaînes et ils sont enfermés et surveillés pour qu’ils ne puissent pas s’évader. Tu n’en as pas, et tu sais aussi bien que moi que ton ami, je n’ai dû l’attacher que pour sa propre sécurité. Si tu veux, dès que j’arrive, je le libère…
- Tu m’invites à un jeu que je n’aime pas du tout !
- Je répète que tu es libre de t’en aller, vas détacher ton ami et allez- vous en !
- Je préfère tenter le retour, précisa le grand père.
Ils retournèrent ensemble où l’ami avait été ligoté. De peur, ce père de famille s’était déjà pissé dessus et il avait déféqué dans sa culotte.
- Je me demande ce que tu peux apprendre à ton garçon avec une attitude pareille ! Reprocha le grand père.
- Ce n’est pas l’heure de se moquer. Nous devons nous en aller…Supplie cet homme de nous laisser partir.
- Vous êtes libres de partir, dit le prince- chasseur lui-même et il détacha l’ami.
- Merci pour tout ! Confia le grand père en relevant son ami. Je te garantis que nous n’oublierons jamais cette expérience.
- Partez en paix et avec toute ma bénédiction ! Rétorqua le chasseur- mystique.
Le grand père ne dit rien de son entretien avec leur hôte de l’instant à son ami. Il marchait concentré en surveillant tout ce qui passait à coté. Il avait aussi sorti son poignard et le tenait très ferme dans sa main.
- Tu penses qu’il nous enverra des animaux pour nous attaquer ? Posa l’ami.
- Non, je pense simplement que nous sommes en pleine brousse et il faut être prudent…
- Mais tu n’avais pas cette allure tendue quand nous venions ?
- Je ne m’attendais pas à tout ce que nous venons de vivre, maintenant, je veux que tu te taises, fais simplement attention à où tu mets les pieds…
Il le disait très bien, l’ami venait de piétiner la queue d’une vipère géante, elle se gonfla en se tenant sur le bout de sa queue, elle pouvait faire deux mètres, cette vipère…Deux coups de poignard en plein ventre, le sang jaillit en se déversant directement dans les yeux du grand père, cela l’aveugla automatiquement, le temps de se nettoyer les yeux, il avait perdu connaissance…Et, comme dans un rêve, un être à l’apparence humaine, mais de très petite taille, vint avec une seringue, il la piqua dans le pied gauche du grand père et en retira une substance blanchâtre, après il ne sentait plus la jambe, il fit de même pour le pied droit et aussi pour les membres supérieurs…Le grand père était ainsi devenu un parfait infirme, handicapé de tous ses membres, on le transporta ainsi que son ami auprès d’un chef à l’apparence humaine, mais assis parmi de nombreux gros serpents…Au dessus d’un grand feu, il y’avait une grande marmite qui bouillait, l’odeur qui en sortait était très suffocante, le grand père ne supportait pas, mais il ne pouvait rien faire, il n’avait plus la moindre force. Quand on souleva son ami pour le jeter dans la marmite, il hurla et un grand coup lui fut porté sur la tête. Il perdit connaissance une fois de plus, c'est-à-dire qu’il perdit connaissance dans son état d’inconscience. Il connut ensuite un demi- réveil et cette fois, il était en face du chasseur- prince.
- Je crois que vous n’avez rien à me dire, dit-il de façon ironique.
Le grand père voulut parler, demander ce qui se passait, mais il n’arrivait pas à sortir le moindre son de sa bouche, le chasseur poursuivit :
- Maintenant, si vous voulez bien m’accompagner, je vais prendre un bain à la rivière. J’aime plus que tout, la propreté, pour purifier son intérieur, il faut garder l’extérieur propre, les dieux et les divinités aiment les endroits sains et qui ont des parfums agréables. Il y a à la rivière des fleurs qui ont des senteurs uniques, tu pourras les essayer. Je suis sûr qu’ils sont meilleurs à tout ce que tu as pu connaître jusqu’ici…
Le prince- mystique parlait et parlait encore, il n’arrêtait pas et tout cela mettait le grand père dans une colère indescriptible. Il n’avait plus la moindre force, il n’était plus capable de manier la langue, ni même bouger la tête et ce gars l’invitait à se baigner. Quand le prince- chasseur se mit à marcher, ce fut comme si une force transportait le grand- père et il se déplaçait en même temps que lui. La force occupait tout le corps du grand père, tout son être. Il tenta aussi de parler à la force, mais rien. Il se dit que si la force était capable de l’occuper autant, elle serait capable de saisir ce qu’il a en tête, mais encore rien…Et ce qui allait complètement le mettre hors de lui, c’est que la force se mit à communiquer avec le prince- mystique en utilisant les organes physiques du grand père. Proche de la rivière, ils croisèrent le crocodile qui avait frôlé le grand père de sa queue et le mystique- chasseur passa aux présentations :
- Vous devez appeler cela, dans ce que vous appelez le monde civilisé : chef de district. Voici le mien et il est entouré de beaucoup de gens qu’il administre…
- C’est un crocodile que nous voyons ! Réagit la force d’étonnement.
Le grand père sentit comme si on se moquait de lui car la force et le prince- mystique devaient se connaître, elle ne devrait donc pas poser ce genre de questions…
- Et, ne sommes- nous pas à la rivière ? Quel est selon vous, l’animal le plus représentatif de la rivière ?
- Le caïman ou enfin le crocodile…De toute façon, ils sont cousins !
« Il veut me dire que j’étais idiot en lui posant toutes ces questions, se dit le grand père. »
- Et, il fait du très bon travail. C’est un chef exemplaire. Les humains pensent que la science n’est qu’à eux, ils se disent que les animaux sont totalement stupides, ils ne pensent qu’à leurs premiers instincts, ils cherchent à manger, à se protéger de ce qui peut les tuer et à se reproduire. Cette attitude humaine est très stupide et ceux des humains qui arrivent à s’élever pour prendre le temps d’observer les animaux et tirer des enseignements d’eux, deviennent de vrais sages talentueux qui dominent les autres humains.
« Il est normal qu’un homme élevé par les animaux leur trouve toutes les vertus. Mais depuis que ce monde existe, c’est l’homme, le maître de la nature et c’est d’ailleurs l’homme qui va vers les animaux pour les connaître, il arrive même que l’homme dans sa bienveillance protège certaines espèces animales. » Pensa le grand père.
- C’est magnifique, cette scène que je vois ! Prononça la force.
- Je vois que tu commences à te plaire ici. C’est très bon signe, poursuit le mystique- prince, je veux que tu viennes te baigner avec moi.
- Avec tous ces crocodiles autour ? S’inquiéta la force. Ils nous croquerons en moins d’une seconde.
« Voici une réaction intelligente ! » Estima le grand père.
- Je me baigne ici tous les jours et comme tu peux le voir, je suis bien en vie.
- Tu es tout particulier toi, tous ces animaux sont tes sujets, tu leur parles, tu vies avec eux, mais pas moi…
« Comme ça, tu commences à me plaire parce que tu mènes des réflexions sobres »
Il ne restait au grand père que de penser et il n’avait pas du tout l’intention de s’en priver.
- Que fais-tu en rencontrant un ami avec des personnes que tu ne connais pas ? Interrogea le chasseur.
- Je salue tout le monde et chez les humains, l’ami passe aux présentations afin qu’on puisse se reconnaître les prochaines fois. Répondit la force.
« Et chez vous, les êtres du néant existentiel, les êtres de l’ombre, ceux qui vivent dans et à travers les autres ? » Posa le grand père, malheureusement il ne pouvait être entendu de personne.
Le mystique- chasseur ne dit plus rien, sans hésiter, il plongea dans l’eau, la force le suivit, ainsi bien que le grand père ne soit pas volontaire pour cette baignade, il était dans la rivière. La force entraînait le grand père quand elle s’immobilisa devant le crocodile. C’est à ce moment qu’elle abandonna l’enveloppe charnelle du grand père.
- Nous n’allons pas les gêner car ils doivent communier. Fit le chasseur- prince.
La force avait perdu l’usage de la parole, elle n’avait de corps duquel se servir, elle se fondit dans la rivière sans rien rétorquer au mystique- prince- chasseur- sage- roi parmi les animaux.
« Moi, un être humain, je vais communier avec un crocodile ! Je crois que je dois être mort et né de nouveau dans un autre monde.» Se dit le grand père.
- Tu n’es pas mort, dit le prince- mystique- chasseur. Le monde a plusieurs aspects et d’innombrables facettes, pour ces choses, tu n’es pas mieux qu’un gamin de deux ans qui ne comprend que peu de choses à tout ce qui l’environne…
Ainsi l’étrange personnage de prince parmi les animaux pouvait saisir ce que le grand père pensait, alors il ne faisait que refuser de répondre quand les interrogations du grand père dépourvu de voix semblaient se perdre dans le vide. Le grand père choisit d’ignorer le crocodile, pour échanger un instant avec le prince- mystique qui se baignait. Lui, le grand père était suspendu dans l’eau, pas sur l’eau ni au fond de l’eau, il était au bon milieu de l’eau.
- Je veux parler un instant avec toi ! Pensa d’un ton autoritaire, le grand père.
- Ne méprise pas l’interlocuteur en face de toi. Il est là pour te parler…Rétorqua le prince- mystique.
- Il s’est imposé devant moi…Je ne sais pas comment je ferais pour parler avec lui, mais pour l’instant, c’est à toi que je veux m’adresser. Les hommes entre les hommes peuvent se comprendre, nous nous parlons, nous avons un langage…
- Tous les êtres ont un langage. Quand tu parlais de présentation tout à l’heure, j’ai eu envie de te poser un cas : imagine qu’un homme soit en compagnie d’autres personnes parlant une langue bien donnée et qu’il croise un ami à lui, parlant une langue différente. Mettons- nous dans le cas où il soit le seul à comprendre les deux langues à la fois, comment ferait-il les présentations ?
- Il fera les traductions nécessaires pour satisfaire chaque personne. Mais il faut que je précise que ce n’est pas avec moi que tu parlais, mais avec ce truc qui squattait mon corps.
Le prince- mystique réagit comme s’il n’avait rien entendu :
- Tout à l’heure, mes amis m’ont demandé de vous souhaiter la bienvenue chez nous. Ils resteront inoffensifs tant que vous vous montrerez de bons amis.
- De toute façon, rien ne pourrait me surprendre. Toutes les choses que je découvre ici sont incroyables. Dis-moi, que leur as-tu dit de ma part ?
- Je leur ai dit que tu comptais respecter toutes nos règles durant tout ton séjour.
- J’ignore tout de vos règles, comment pourrais-je les respecter ? A présent, je te supplie de me dire où est passé mon ami ?
- C’est plutôt à toi de me dire. Tu as refusé de suivre mes conseils et vous êtes partis. Apprends à assumer tes responsabilités. Tu es le seul à savoir où tu as laissé ton ami, c’est toi qui répondras aux questions devant sa famille.
- C’est toi le véritable responsable de tout ce qui arrive. Tu contrôles tout avec ta magie bizarre, tu n’as qu’une envie, c’est de me briser. Tu veux que je culpabilise, dis-moi tout de suite où tu as mis mon ami pour que j’aille le chercher.
- Tu crois être en position de donner des ordres, tu n’es même pas capable de parler. Tu es entièrement paralysé, à ta place, je me montrerais plus humble et je présenterais des excuses pour mes offenses…
- Tu l’as tué, dis- le clairement !
- Je n’ai jamais tué personne de ma vie. Et comment peux-tu m’accuser moi ? Je t’ai clairement présenté la situation et tu as pris ta décision. Tu te prends pour un homme fort, un être sans faille, il n’y a que ta décision qui compte, maintenant tu peux vraiment apprécier ce que tu vaux !
- Je veux que tu me dises quelles sont vos règles que je doive absolument respecter ?
- Elles sont très simples nos règles, tu n’auras qu’à respecter tous les êtres que tu verras. De toute façon, tel que je te vois, tu respecteras tout le monde…Je sens la trouille t’envahir !
- Sur ce point, je pense que tu as entièrement raison. Je sais affronter ce que je connais, mais dans un environnement dans lequel tout est étranger, je ne peux pas conserver longtemps ma foi en mon courage et mes capacités. Si je respecte tous ces animaux que je vois, j’espère qu’à leur tour, ils tiendront parole en ne me faisant aucun mal.
- Je peux te le garantir ! Ici, nous avons un respect infaillible pour la parole donnée. Rien à voir avec le monde des humains, tu en conviendras !
Le crocodile avec lequel traitait le grand père de monsieur Georges, replongea dans la rivière. L’être qui lui squattait le corps s’en alla aussi, peu à peu, il commença à retrouver ses forces, il pouvait entendre quelques sons de sa propre bouche, il arrivait à bouger les doigts, les orteils, mais il ne pouvait encore se tenir débout ; son ami lui apparut, mais il était dans un tel décor qu’on dirait qu’il n’appartenait plus au monde des humains.
- Que se passe t-il ? Quel jeu es-tu en train de pratiquer ? Je ne sais pas où je suis, je ne sais même plus qui je suis et je te vois parler avec un crocodile, je ne comprends rien à tout ça. Dit-il au grand père.
- Que veux-tu que je te réponde, mon ami ? Je suis totalement faible devant ce qui se passe ici, je ne comprends rien non plus à ce qui nous arrive…
- Tu m’avais promis que tu trouverais toujours des solutions aux situations qui se présenteraient, tu as toujours tenu parole, que se passe t-il aujourd’hui ?
- Je te dis que je n’en sais absolument rien…Ce n’est que maintenant que j’arrive à parler, j’étais complètement inerte, il y’a quelques temps…Je pense que la magie de cet être qui est chasseur d’abord, ensuite prince, mystique et autres est bien trop forte pour l’humain que je suis.
- Tu n’as jamais cru en la magie, pourquoi faut-il maintenant que nous avons besoin de ta force et de ton courage que tu faiblisses ?
- Je ne croyais pas en la magie parce que je n’avais jamais vu la magie, à présent, je l’ai vue…
- Fais en sorte que je revienne vers toi. J’arrive à bouger, marcher, parler, mais je cherche en vain une porte pour quitter ce lieu, mais je ne vois rien. Je vais mourir en restant tout seul ici.
- Tout dépend de ce gars qui nous a entièrement à sa merci, je t’ai dit qu’il vient tout juste de me redonner l’usage de la parole…
- Je t’ai vu parler avec le crocodile et tu me dis que tu avais perdu l’usage de la parole !
- Encore un de ses tours de magie, il avait installé un autre être dans mon corps qui parlait à ma place. J’ai très honte de moi à dire ce genre de choses que je qualifiais de fantaisistes et propres aux incapables, mais je dois être honnête envers toi. Je ne peux rien pour toi ni pour moi-même d’ailleurs ! Au moins, je suis heureux de savoir que tu es en vie !
- Qu’est-ce qui te fait dire que je sois en vie ? Qu’est-ce qui te fait croire que nous soyons en vie ? Peut-être que nous sommes au royaume des morts, mais dans des pays différents ou peut-être que tu es encore en vie et moi déjà mort, rien n’est à exclure !
- Non, les morts ne parlent pas aux vivants !
- Comment peux-tu encore dire ces choses alors que tu te trouves dans cette situation ?
- Tu as tout à fait raison, puisque depuis que nous parlons des messages du crocodile me viennent…
- Quoi ? Et, que dit-il ?
- Il dit que cela fait longtemps, très longtemps, des hommes sont arrivés en ces lieux…
- Où sont-ils partis ensuite ? Demanda l’ami en interrompant le grand père.
- Il a dit qu’ils n’ont pas respecté les règles et donc ont subi la sentence prévue pour les différentes offenses dont ils ont été coupables.
- Quelle sentence ? Bon sang, et si tous ces êtres n’étaient que des cannibales !
- Je pense que nous gagnerions davantage à demander ces règles qu’ils n’ont pas pu respecter…
- Tu peux me croire, ces êtres inventeront sans cesse des règles pour se justifier ce qu’ils font. Quoi qu’on fasse, ils nous auront. Cherchons à fuir si nous le pouvons encore !
- C’est ce que nous avons tenté de faire pour nous retrouver dans cette triste situation, rappelle-toi. Il paraît qu’ici, la seule règle est de respecter tous les êtres. Appliquons la simplement et nous verrons !
- Qu’est-ce qu’ils ont fait, ceux qui sont arrivés avant nous ici ?
- Ils ont assassiné un rat pour le consommer en dîner. On dit qu’ils ont tué un innocent rat pour calmer leur égoïste faim. La communauté du rat a porté plainte et le tribunal a pris une décision.
- Tuer un rat, pour ne pas mourir de faim… Tu vois bien que c’est moi qui ai raison, en réalité, il n’y a ici aucune règle. Comment les carnivores se nourrissent-ils ?
- Il me dit de te demander si tu penses au rat dont la vie a été enlevée sans raison ?
L’ami en entendant cette phrase, faillit sortir : « Quelle est l’importance de la vie d’un rat ? » Mais il se retint, l’enfer dans lequel il était, se montrait déjà assez insupportable, nul besoin de l’aggraver. Le grand père sans attendre la réponse de son ami poursuivit :
- Il me parle de ses enfants et me demande si nous en avons.
- Dis-lui que j’en ai moi, et que d’ailleurs, tu comptes bien épouser la fille que tu aimes présentement…
- Il trouve que le soleil est trop fort, il va replonger…
- J’aurais dû écouter ma tendre épouse quand elle me disait avoir fait un mauvais rêve sur cette excursion…Sortit l’ami du grand père.
- Oui, tu aurais dû…
- Comment peux-tu me dire une telle chose ?
- Que veux-tu que je dise quand je vois que tu as certainement raison ? C’est vrai que présentement, tu serais en compagnie de ta tendre femme et tes merveilleux enfants si tu ne m’avais pas suivi…Je suis vraiment désolé de t’avoir entraîné dans cette merde. Je suis le seul responsable.
- Non, ce n’est pas vraiment ce que j’ai voulu dire. Tu n’as pas plus de responsabilité que moi. Tu le sais, car nous sommes amis depuis longtemps, je ne suis pas un homme courageux, toi, tu l’es et c’est toi qui m’as toujours défendu ! Je sais que nous ne sortirons pas de cette affaire, vivants. Toi, un être si rationnel, quand tu commences à me relater ce qu’un crocodile t’a dit, je comprends que nous ne sommes plus dans le monde des hommes…
- Ne parle pas ainsi, parce que quoi qu’il advienne, il ne sert jamais à rien de paniquer. Et comme on le dit, quand on a cherché en vain la solution à un problème et qu’on garde toujours sa sérénité, elle finit par arriver toute seule…
- Réponds à cette question : sommes- nous toujours en vie ?
- Oui, je pense que nous le sommes toujours. Si nous arrivons à parler, c’est que nous le sommes. Mais tu me diras que peut-être que nous nous parlons du royaume des morts et que nous sommes dans des pays différents, ce qui justifie que nous ne pouvions nous toucher…
- Exactement !
- Et, je n’aurais rien à te répondre. Mais, je n’ai plus peur, je reconnais avoir eu peur un moment, mais maintenant que je viens de te parler, je redeviens tranquille et serein. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, ce magicien et ses animaux, mais je sais que viendra la condition favorable pour nous, la belle opportunité et je ne la manquerai pas, ils doivent en être sûrs.
- C’est réconfortant de t’entendre prononcer ces phrases. Mais je veux te faire mon testament au cas où je devrais mourir !
- Non, tu n’as pas de testament à faire…Soit, nous mourrons tous les deux, soit nous nous en sortirons vivants. Il n’y a pas de testament à faire ! Ce que je pense, c’est que nous devons faire le jeu avec eux. Désormais, plus de protestations, nous devons faire preuve de la plus grande obéissance et docilité.
- Et, quand ils n’auront plus les yeux sur nous, nous pourrons nous enfuir, n’est-ce pas ?
- Tu sembles ne pas toujours comprendre ce qui se passe. C’est en tentant de partir que nous nous sommes retrouvés dans cette situation après ce que tu sais…Reste calme et ouvre les yeux comme moi, remarque tout et dès que nous aurons l’occasion de nous parler, tu me raconteras…
- Ne manifeste plus la moindre peur, reste tranquille !
En fait, l’échange entre le grand père et son ami, était suivi de plusieurs personnes ou plutôt de plusieurs êtres. Le roi démon dont avait parlé le prince- mystique, avait délégué un de ses serviteurs pour les écouter et il ordonna ensuite de faire entrer un stagiaire- démon dans le corps de l’ami du grand père pour tromper les deux hommes et les conduire à lui. Le grand père était en quelque sorte inaccessible car il se trouvait toujours dans le royaume du prince- mystique- chasseur…Les paroles venant donc de l’ami, n’étaient plus que celles du stagiaire- démon.
- Non, plus tu me parles et plus je me rends compte qu’il ne faut pas donner à ces êtres ce qu’ils attendent. Ils veulent nous faire peur. Montrons leur que nous sommes indifférents à tout ce qu’ils font…Reprit l’ami du grand père.
- Mais, c’est justement de cela que je te parle, il ne faut pas avoir peur…
- Je ne sais pas comment te le faire comprendre, mais il faut que nous partions. Je pense que notre sort est clair si nous restons ici, ils nous croqueront ces cannibales, je pense que nous ferons le festin d’une grande fête qu’ils sont en train de préparer.
- Je le répète mon frère. Tout ce que je vois, c’est que nous sommes dans un lieu qui nous est totalement étranger. Ce que je vois, c’est que nous n’avons aucun intérêt à tenter quoi que ce soit. C’est plutôt cela qui nous serait fatale.
- Je crois qu’ils t’ont complètement transformé, ils t’ont rendu complètement fou !
- Non, mon frère, quand tu décides de quitter ta peur indescriptible, tu plonges dans l’irréalisme inqualifiable. Dans quelle direction comptes-tu partir cette fois ? Nous avons tenté de nous en aller une fois, mais aurais-tu oublié les résultats ou quoi ? Nous ne pouvons mieux connaître ce territoire que ces gens eux-mêmes ! Ils en connaissent le moindre recoin et visiblement, ils veulent nous garder encore parmi eux. Il vaut mieux rester calme, tu peux me croire. Il y’a ces moments à mon avis dans la vie où on arrête toute action, pour ne se consacrer qu’à la méditation dans le but de comprendre, maîtriser, se comprendre, se maîtriser et sortir la plus grande force possible de soi pour remporter une victoire exemplaire. Je te jure que c’est la seule solution, nous n’avons pas le choix.
- Même sans toi, tout seul, je le ferai. Je prendrai la route pour retrouver ma famille et qu’ils fassent ce qu’ils voudront…
Le grand père perdit le contact avec son ami ensuite, il eut beau crié, fait tous les efforts, rien ! Il replongea dans sa paralysie totale, et quelques heures plus tard, quand il semblait faire nuit, il fit un rêve. Son ami avait réellement tenté de s’en aller tout seul, sur le chemin, il fut effrayé par un oiseau, il lui lança par instinct son couteau. Il l’atteignit à la poitrine et l’oiseau en mourut ; le tribunal se réunit aussitôt pour le juger et le verdict fut très stricte : une vie contre une vie. Aux premières lueurs du jour, le grand père avait retrouvé toutes ses capacités, il se tenait sur ses pieds, pouvait faire tous les mouvements et avait sa voix bien audible. Il alla vers le chasseur- mystique- prince :
- Qu’est devenu mon ami ?
- Je peux clairement te dire que tu ne le reverras plus. Le roi démon a triomphé sur lui et désormais, sa vie lui appartient !
- Non ! Pourquoi lui et pas moi ?
- Vous n’avez pas la même force dans l’âme…
- Tu savais que c’est ce qui arriverait, mais tu n’as rien fait, n’est-ce pas ?
- Disons que c’était son destin. Il est vrai qu’on a la possibilité d’agir pour modifier les évènements de sa vie, travailler courageusement pour écrire sa propre histoire, mais un destin écrit depuis l’éternité ne se modifie pas, il se subit…Il faut simplement faire en sorte de semer le maximum de bonnes causes pour récolter les meilleures rétributions.
Ainsi, allait commencer la grande aventure solitaire du grand père de Monsieur Georges !
- Maintenant que je suis tout seul et que j’ai compris que c’est toi l’unique maître, que comptes-tu faire de moi ?
- Pour vivre en communauté, il faut avoir une organisation, une hiérarchisation, mais au fond, chaque être, animal comme vous le dites, ou humain, est le seul et unique maître de sa vie. Je ne suis maître de rien ni de personne !
- Tu pourrais au moins être plus responsable et reconnaître ce que tu fais. Devant qui veux-tu avoir une bonne image ? Personne ne retourne vivant de chez toi, qui pourrais donc aller raconter quoi sur toi ?
- Pourquoi te faut-il un responsable pour tout ce qui arrive et pourquoi faut-il que ce responsable soit forcement moi ? Demanda le mystique- chasseur- prince- maître.
- Tu as peut-être raison, à quoi ça sert-il de chercher à savoir puisque je sais que de toute façon, je n’irai pas d’ici ?
- Je comprends que la disparition de ton ami te chagrine, mais c’était inévitable ! Il avait contracté une dette envers le roi- démon et il devait la payer, je l’aurais voulu, mais je ne pouvais pas le soigner. De toute façon, quelque soit ta réaction maintenant, tu ne tarderas pas à comprendre.
- Je pense que c’est un tribunal qui a décidé de la mort de mon ami, n’est-ce pas ?
- Effectivement !
- Et qui était le président de ce tribunal ?
- Si tu veux aller vite, il faut éviter de poser des questions pour lesquelles tu as des réponses…
- Comment s’est déroulé ce procès ?
- Je vous avais depuis longtemps prévenu de suivre ce que je vous conseillais, mais vous avez refusé. Tu m’as déjà posé la question et je t’en ai donné la réponse. Il faut respecter comme soi-même tous les êtres qu’on trouve ici. Ton ami a tué un être, le jury a tranché. Ici, une vie vaut une vie !
- Je lui avais pourtant déconseillé cette idée, mais comment un homme aussi peureux que lui, ait pu s’engager tout seul pour un retour à la maison ?
- Parce qu’il n’agissait plus de lui-même, le démon avait un élément qui occupait son être.
- Si tu le savais, pourquoi tu l’as condamné !
- Parce que les faits sont les faits. Mais comment comprends- tu les choses ? Si le démon a réussi à l’occuper, c’est parce qu’il devait au démon, c’est donc lui et lui seul en définitive, le responsable.
- Je pense que tu as peur de ce démon, d’ailleurs tu l’appelles roi démon. Tu condamnes de pauvres gens qu’on manipule, si tu veux tant la paix et l’harmonie dans ta société, pourquoi tu ne vas pas affronter le roi- démon et le défaire ?
- Simplement parce que le roi- démon a aussi droit à la vie que moi, que toi, que nous tous. Les règles sont les règles, nous devons respecter nos règles et les transmettre aux générations futures…
- Foutaises ! Le démon, tu sais qu’il ne fait que du mal, n’est-ce pas ?
- Oui, il trompe les êtres pour détruire leurs vies !
- Pourquoi tu ne débarrasses pas l’univers du démon donc ?
- Peut-être parce que je ne suis pas plus fort que lui !
- Voilà une réponse honnête !
- Mais, chaque que le bien et le mal existeront toujours, ils sont inséparables comme les deux faces d’une même médaille…
- Alors, il ne faut jamais combattre ceux qui servent le mal. Parce qu’une médaille n’est plus médaille quand elle n’a plus qu’une seule face…
- Tu es magnifique, tu sais. Tu es extraordinaire, tu poses exactement les mêmes questions que je me pose, je ne vais donc pas te mentir. La vérité, elle est la suivante : j’ai mon royaume que je gère et le démon a le sien. Et, nous n’arrêtons jamais de nous affronter par personnes interposées, toujours, sans cesse, nous sommes en conflit…
- Comme chez les hommes, Dieu, Satan…
- Exactement !
- Alors, si les hommes n’ont pas encore pu donner une réponse claire à ce problème, ce n’est pas sur les animaux qu’il faut compter pour en fournir !
- C’est dit avec arrogance, mais l’idée y est et c’est cela l’essentiel !
- Alors, il faut dire que nos sociétés sont pareilles. Chez nous aussi, les adultes doivent donner l’exemple aux jeunes. Les jeunes en général n’ont aucun égard pour les règles…
- Je veux à présent être sûr et certain que tes issues sécrètes sont ouvertes, ce qui te permettrait de comprendre les choses sécrètes. Tous les hommes que nous avons reçus ici jusque-là ont déçu…
- Il y’en a donc beaucoup ?
- Un nombre incalculable !
- Et, on m’a laissé entendre qu’il y’a longtemps, très longtemps que des hommes étaient venus ici et qu’ils avaient été condamnés pour avoir mangé un rat.
- Oui, tout à fait ! Très longtemps, en fonction de la personne qui parle, ce pourrait être cent ans, mille ans, mais que peuvent même représenter dix milliards d’années face à l’éternité ?
- Qu’est-ce que cela signifie ?
- Je sais que tu le comprends, je n’expliquerai rien.
- Dois-je comprendre que c’est un examen qui ait ainsi commencé ?
- Exactement, mon garçon.
- Alors, permets- moi de te le dire clairement ! Mon souhait est de retourner le plus vite possible parmi les miens parce que j’y suis plus utile.
- telles que les choses avancent, je pense que tu repartiras, mais seulement quand le moment sera venu !
- Dois-je prendre cela pour une promesse ?
- Non, pas vraiment ! Tout dépendra des résultats que tu nous fourniras. Alors je te conseillerai d’arrêter de faire le gamin, d’être plus concentré et d’apprendre le plus vite possible…
- Tu me confirmes ainsi que c’est toi qui décides, toi et toi seul. En fait, je ne suis que ton prisonnier. Ou bien, parce que tu t’ennuies, tu me veux à tes côtés. Mais je pense qu’il te faudrait plutôt une femme !
Le chasseur- mystique- prince regarda intensément le grand père, puis il lui confia :
- Comme tu le vois, nous sommes bien réels. Nous sommes le monde comme à l’origine, quand tous les êtres vivaient en parfaite harmonie. Nous avons commencé à craindre pour notre survie quand le premier homme est arrivé ici. Nous ne sommes pas dupes, nous savons que la civilisation des personnes corrompues et perverties finira par nous rattraper, nous devons donc encore reculer…Notre idéal est de trouver un lieu où aucun membre de votre société n’osera mettre les pieds, mais nous ne pouvons ainsi quitter ce lieu où nous avons vécu si longtemps sans le confier à un autre être, un homme, nous en sommes obligés, mais un qui puisse comprendre !
- Je pense que je commence à comprendre peu à peu…Si tu me le permets, je vais poser des questions pour mieux comprendre.
- Vas-y, je répondrai autant que je pourrai à tes questions !
- Dans vos règles, la seule règle, pour mieux dire, celle qui m’a fait perdre mon ami, la seule que j’ai pu remarquer, est bien sûr le respect de toutes les formes de vie. Mais, n’êtes-vous pas aussi ce que nous sommes ? Je veux parler de la chaîne alimentaire. Certains animaux vivent de plantes et d’autres sont obligés de manger d’autres animaux pour survivre, on les appelle les carnivores.
- Je vois de quoi tu veux parler. Mais sache simplement qu’ici, nous demandons simplement la permission à une communauté avant d’en utiliser un membre pour notre survie. Les lions par exemple, demandent un certain nombre de gazelles à leur communauté et il y’a toujours des volontaires pour le sacrifice. La règle est bien claire, n’est-ce pas ? On n’ôte pas la vie ainsi sans raison !
- Je veux bien vous croire bien que cela me paraisse assez étrange…Des êtres qui acceptent de se donner en sacrifices à d’autres ; j’ignorais jusqu’à maintenant que cela puisse exister.
- Eh bien, tu le vois, tu comprends que ça existe bel et bien et c’est ainsi que tous les êtres vivaient à l’origine !
- Je pense qu’il aurait été plus simple de faire des êtres qui se nourrissent tous de la même façon, sans qu’aucun n’ait à gêner un autre…Je crois que le concepteur suprême…
- Tu crois que le concepteur suprême n’a pas fait une œuvre parfaite ?
- Oui, je l’avoue ! Peut-être qu’en fait, il n’y a pas de concepteur suprême, peut-être que dans sa grande imagination, l’homme a réussi à s’inventer un créateur ! Ce que je veux à présent comprendre, c’est comment vous avez fait pour exister et rester ensemble jusqu’à ces temps modernes, comment avez-vous réussi à conserver cette communauté que vous formez ?
- Nous existons depuis l’éternité. Tout ne peut pas subir la transformation en même temps. Ceci dit, plus le temps passe, plus nous devons vivre reculés. Les hommes sont très méchants, ils n’ont aucun respect pour les autres existences.
- Les hommes aussi ne veulent que survivre avec les moyens qu’ils possèdent ! Je ne pense pas qu’on doive leur en vouloir pour cela. Nous les hommes ne sommes pas parfaits, je le reconnais, mais nous nous efforçons aussi de respecter la nature. Parce que simplement sans elle, notre vie serait impossible sur la terre.
- Nous vous reprochons d’être des créatures insatiables et c’est le pire défaut quand il faut vivre en communauté.
- Qu’est-ce que tu attends de moi, dis-le clairement, je t’en supplie ! Sortit clairement le grand père de monsieur Georges.
- Tu me poses enfin la question la plus importante. Mais je ne te donnerai pas tout de suite la réponse. Il faut d’abord te montrer certaines choses qui te seront très utiles !
- Quelles sont ces choses et où sont-elles ?
- Soyons patients ! Il n’y a rien de telle que la patience pour être sûr de ne pas manquer son objectif. Et d’ailleurs, toutes ces choses sont sous nos yeux.
- Il faut toujours considérer et respecter le temps, il est incontournable pour tout ce qui doit s’entreprendre. Il faut toujours du temps, qui qu’on soit, quoi qu’on fasse, il faut savoir détecter juste le temps qu’il faut, ne pas vouloir attendre, plonge dans la précipitation et on court le risque d’une réalisation imparfaite, trop attendre conduit à l’inaction, c'est-à-dire ne rien faire !
- Je ne sais pas si tu te sens progresser, mais moi je le sens. D’ailleurs, je ne comprends rien de la philosophie que tu me développes, veux-tu m’expliquer un peu ce que tu viens de dire !
- Suis-je toujours en examen ?
- Tout le temps, mais ne t’inquiète pas, pour le moment, tu avances plutôt bien et mieux que je l’aurais espérer. Pour le dire le plus simplement possible, respecter le temps, c’est avoir de la patience quand il le faut et travailler sans se ménager quand vient le moment.
- Je suis entièrement d’accord, c’est effectivement cela, le respect du temps !
- Oui, le temps a horreur que l’on cherche à bouleverser sa course. Il reçoit des demandes de toutes parts et de tout le monde, alors il se choisit un rythme convenable d’action. Il appartient aux différents êtres de s’y adapter car quand le temps se met en colère, c’est très grave.
- Je ne peux pas le nier, je connais les dégâts des orages, des sécheresses qui sont autant de manifestations à but collectif du temps.
- Le temps, le temps, c’est une très vaste notion, tu sais ! Il s’étend beaucoup plus loin, il englobe de très nombreux et profonds horizons que tu ignores. Le temps peut infliger des sanctions individuelles, comme des sanctions collectives. Il est souverain dans tous les mondes, on trouve très vite sa vie raccourcie par exemple quand on ne sait pas attendre le temps qu’il faut pour nos activités.
- Je crois avoir parfaitement compris en ce qui concerne le temps. C’est le premier sujet sur lequel nous avons un accord parfait !
- Et la terre, elle est la source de toutes les richesses que peuvent vouloir les hommes, mêmes celles qu’ils ne peuvent imaginer. Il ne faut cependant pas en abuser. La terre est le support, le socle de tout, absolument tout.
- Tu veux me dire qu’il faut donc juste utiliser les ressources dont on a besoin, n’est-ce pas ?
- Parfaitement et tu commences à comprendre de plus en plus vite, tu ne peux savoir combien c’est réconfortant pour moi ! L’air accompagne toujours le temps, souvent il se montre plus rapide, parfois, il est plus lent, mais il est toujours présent. Peux-tu cerner cet enseignement dans sa plus grande profondeur ?
- Je préfère aller de façon méthodique. Avant d’aborder les aspects philosophiques et spirituels, je préfère que nous traitions des considérations physiques et matérielles. Comment connaissez- vous l’existence de l’air ? Cela relève du domaine de la science ! Tu vous as plutôt définis comme des êtres du commencement.
- Comme c’est amusant d’entendre ce genre de propos. Nous avons toute la connaissance que vous cherchez, personne ne crée rien. Les lois existent, les hommes cherchent et s’y éveillent puis les appliquent. Toutes les lois ont la même source, tous les phénomènes sont interdépendants. L’homme en s’éveillant peu à peu aux lois et en faisant des combinaisons sur la base des phénomènes observés, découvre des sous- lois et produit des sous- phénomènes qui l’émerveillent. Mais, nous avons choisi de vivre de la meilleure façon qui soit, c'est-à-dire dans la considération et le respect de tous les êtres. Il est indispensable que tu comprennes et acceptes cela.
- La vie évolue et elle nous impose des exigences que nous devons respecter. Certaines choses ne nous font pas plaisir, mais nous sommes obligés de les faire pour continuer de vivre…Je pense qu’il ne faut pas être trop sévère envers nous les humains. Nous ne faisons que lutter pour notre survie ; mais soyons honnêtes, nous étudions les animaux pour mieux les connaître, ils ne sont pas plus sages que nous. Quelle communauté, les animaux entre eux pourraient fonder ?
- Alors, c’est à moi de dire à présent que je n’avais pas l’intention de signifier que les animaux comme vous les appelez, soient meilleurs aux humains. Ils n’ont pas été dotés des capacités des humains, c’était à l’homme de bâtir la vie avec sagesse, cette mission ne lui revenait qu’à lui et à lui seul, indiscutablement, c’est l’homme le maître. C’est le chef, il dirige et commande. Toutes les choses peuvent s’harmoniser, il suffit d’y mettre de la volonté.
- Là, je pense que je commence à te comprendre. J’avais jusque-là l’impression que tu ne cherchais qu’à me faire comprendre que c’est moi le méchant, l’ignorant, le coupable de tout, le malfaiteur principal…
- Tu n’es pas le plus gentil, tu es loin d’être savant de tout, tu n’es pas d’une innocence parfaite, tu n’as pas toujours été un bienfaiteur, il fallait t’en faire prendre conscience. A présent, que me répondrais-tu si je te proposais de devenir mon ami ?
- C’est dans ma nature que de ne jamais refuser de l’amitié. Bien que j’aie été plusieurs fois déçu, je continue à adopter cette attitude. Je ne me tisse jamais d’amitié intéressée.
Le grand père de Monsieur Georges passa plus d’un mois avec ces êtres du commencement et il revint chez lui, alors qu’il avait été déclaré mort.
En fait, ces êtres lui demandèrent de promettre de revenir s’installer sur ces terres après leur départ.
Et, une nuit, en songe, il reçut la nouvelle de leur départ. Il avait depuis son retour pensé à l’activité qu’il mènerait une fois installé sur ces terres, et il avait décidé de commencer par l’agriculture. Avec ses employés permanents, il monta un campement sur les lieux.
Plus tard, il se fit un titre foncier en bonne et due forme et un jour, des scientifiques appartenant aux plus grands laboratoires de recherches du pays vinrent lui annoncer que ses terres détenaient les plus précieuses richesses.
Cet homme vécut avec les convictions de ces êtres du commencement que lui permirent d’atteindre ce stade inespéré et même inimaginable de fortune. Tout le reste de sa vie, il fut un parfait humaniste et altruiste, faisant le bien autant qu’il pouvait, combattant toutes les formes de malveillance, les hommes contre les hommes ou les hommes contre la nature et défendant les plus faibles, il fut toujours du coté des pauvres en guide bienveillant. C'est-à-dire celui qui loin de dire aux autres « ce n’est pas votre faute si vous êtes pauvres, c’est le ciel qui m’a choisi pour être riche parmi vous les pauvres, alors je vous nourrirai et vous entretiendrai tant que je serai vivant » ; il insistait sur le travail, la rigueur, la justice et l’entraide mutuelle.
Très philosophique et spirituel, il arrivait à établir le contact avec le particulier chasseur- mystique- prince du commencement. A ce propos, l’être du commencement confia une fois au grand père : « j’ai pris cette apparence chaque fois que je devais rencontrer les hommes des nouvelles ères, ils en sont moins effrayés ».
Le grand père dut embaucher de très nombreuses personnes qui vinrent avec leurs familles ou qui en fondèrent dans ces plantations, ces mines, ces industries diverses, ces commerces multiples et florissants. Il ne put livrer tous ses secrets à son fils, mêmes les règles de base ne lui furent pas correctement apprises ; il y’a toujours, forcement, immanquablement une différence entre l’original et la photocopie, un fossé entre celui qui a vécu l’expérience et celui à qui elle est racontée, quelle qu’en soit l’éloquence de la personne qui parle…
Le père de Monsieur Georges consolida les affaires de son père, il avait lui, la véritable allure et les purs réflexes d’un homme d’affaires quand son père ressemblait à une sorte de prophète, de messie. Il battit une véritable ville, presque un pays dans son pays, il modernisa tout à l’image de ce qu’il avait pu voir d’extraordinaire pendant ses nombreux voyages, il rénova les commerces pour faire de la ville un géant centre commercial international, il commença à doter la ville des meilleures infrastructures caractérisant les sociétés modernes et développées. Oui, c’était un grand travailleur et indiscutablement un expert dans la gestion des hommes. Il développa et mena une vraie politique d’attraction des plus grands cerveaux et des meilleurs talents de son époque dans sa ville et il trouvait toujours les moyens de retenir ceux qui étaient déjà installés. Il fit un vrai chef, une sorte de parrain, il tint sa ville tout en acceptant son appartenance à l’Etat, c'est-à-dire que sa structure fut comme celle de toutes les autres : un maire, un juge et des élus en tout genre.
Son fils Georges étudia à l’extérieur durant toute sa jeunesse et il revint aider son père dans la gestion de ses affaires et pour lui succéder après sa mort.
A la mort de son père, le premier acte de Monsieur Georges fut de rejeter toutes ces croyances que son père prétendait détenir de son père, fondateur de la ville, en les traitant de pures superstitions.
Son père lui avait raconté l’histoire du chasseur- mystique- prince ayant formé son grand père et lui ayant confié ces lieux source de leur fortune familiale, mais pour Georges, ce n’était qu’une astuce de son grand-père pour paraître une sorte d’être supérieur devant ses collaborateurs et pour calmer les élans de son père qui se montrait certainement dans sa jeunesse très ambitieux.
Il eut d’ailleurs à le dire à son père et en ces termes :
- Grand père était trop religieux…Il a inventé cette histoire pour instaurer plus d’étique dans les affaires.
Et à son père de signifier :
- Mon père croyait en cette expérience. Je ne dirais même pas croire, pour mieux dire les choses, il a vécu cette histoire et il croyait en ce que lui fit promettre le prince- mystique- chasseur…Il m’a fait jurer de toujours respecter ces êtres et de leur rendre hommage en respectant les règles. Et toute ma vie, c’est ce que je tenterai de faire…
- J’espère que tu ne me demanderas de jurer à mon tour…Non, Papa, tu n’es pas obligé de suivre grand-père à la lettre dans ses croyances.
- Non, je ne compte pas te le demander, mais je te demanderai de respecter ces choses qui caractérisent notre famille…
- Grand père a eu la formidable idée de s’installer ici, cela lui a permis de devenir très riche et toi son fils, tu as hérité de cette fortune. J’ai toujours été très fier de toi Papa, tu as continué l’œuvre de grand-père en abattant un extraordinaire boulot. Tu es le plus grand manager que je connaisse, tu es de très loin meilleur à tous ceux que j’ai pu croiser à l’étranger. Tout ce que je souhaite dans la vie, c’est de devenir comme toi ! Mais…
- On ne fait jamais autant d’éloges sans de « mais »…
- J’ai dit que tu étais un manager « hors pair ».
- Alors dis-moi ce qui suit le « mais »…
- Mais Papa, les temps évoluent et si tu veux que je continue le travail que vous avez entamé, il faut employer de nouvelles stratégies. Les hommes d’aujourd’hui sont différents de ceux auxquels grand-père eut affaire. Cette ville est devenue grande et il y’a certaines personnes qui viennent avec l’intention cachée de nous détruire, de nous dérober ce que nous avons eu tant de mal à construire…Il faut les déceler et les écarter.
- Je sais, je sais, mon garçon. Il faut être stupide pour penser que tous ceux qui viennent à nous, sont des saints ou des personnes aux bonnes intentions qui veulent réellement apporter quelque chose à cette ville. Tu n’as pas tort, mais n’oublie pas que nous devons vivre dans le respect de tous les êtres.
- Je suis d’accord avec toi…Pour réussir et continuer à diriger toutes ces personnes, il faut bien les respecter et poser les conditions de leur bonheur, je m’y engage ! Comme je me montrerai sans la moindre tolérance envers les ambitieux…
A la mort de son père, Monsieur Georges manigança pour changer toutes les personnes qui n’étaient pas à son goût et qui occupaient des postes de responsabilités. Il se donna le titre de Seigneur de la ville et faussa toutes les bases démocratiques instaurées par son père et son grand-père. Parfait mégalomane, il fallait que l’on sache que dans cette ville, c’était lui le maître suprême, le chef absolu. C’est lui qui choisissait tout, le maire, le juge, le procureur et tous les autres. Il demanda la présence d’une police aux autorités du pays, personne ne lui refusait rien et dans l’ombre, il mit à la disposition de ces policiers de vraies armes de guerre. Mais, c’était un véritable artiste, créatif à merveille, les idées, il en avait sans cesse et surtout, il était encore mieux instruit que son père et son grand père… Il diversifia les activités avec la création de nouvelles usines dans les secteurs les plus porteurs, il modernisa et même modifia le réseau routier à l’intérieur et même aux abords de la ville, plus que jamais, la ville s’affirmait comme le carrefour, le centre des affaires de la région, la capitale des capitales des pays environnants sans même être la capitale du pays auquel elle appartient.
Monsieur Georges depuis son adolescence avait un goût prononcé pour les belles femmes, d’ailleurs avec un ami, il disait une fois :
- La femme a toujours été un critère de comparaison entre les hommes. Un homme à femmes, est un homme supérieur…
Et à l’ami de judicieusement s’opposer :
- On dit souvent que la femme se trouve à l’origine de la perte des grands hommes.
- Il faut tout simplement savoir gérer la femme. Il y’a certaines choses qu’on partage avec la femme et d’autres pas.
- Je ne comprends pas bien.
- Je pourrai te donner un simple exemple. On envoie de beaux meubles dans une maison pour l’embellir, mais il n’appartient pas aux meubles de décider des transformations à y faire…
- Je ne vois toujours pas où tu veux en venir !
- On intègre une femme dans sa vie pour l’embellir, mais pas pour la diriger ni pour lui fixer de quelconques orientations.
- La femme peut être une parfaite conseillère.
- Elle peut l’être tout à fait et je te dirai ceci : avoir plusieurs femmes dans son cœur permet de ne pas dépendre d’une seule. Quand les femmes savent qu’elles sont nombreuses dans le cœur d’un homme, elles se mettent en compétition, chacune tentant d’en devenir la seule occupante. Ainsi, l’homme a toujours droit aux meilleurs services. J’aime discuter avec toutes les femmes que je rencontre, leur prétendue faiblesse leur permet de trouver des solutions plus rapides que les hommes face à certains problèmes. J’aime écouter les femmes pour les comprendre et ensuite façonner leurs esprits à mon avantage. Un homme qui a le soutien de toutes les femmes réussit toujours ce qu’il entreprend. La femme donne la vie et elle a un rôle précieux et mystique dans la vie…
- Mais les femmes détestent qu’on se moque d’elles. La femme, elle veut être toujours seule dans le cœur de l’homme qu’elle aime…
- C’est ce qu’elles affirment toutes. Mais elles sont attirées par les hommes réputés en séduire beaucoup.
En fait Monsieur Georges utilisait les femmes pour atteindre ses objectifs. Il s’arrangeait pour connaître les plus brillantes femmes de la ville et en cas de séparation, il trouvait le moyen pour que cela se fasse dans de bons termes…