Vers la Lumière (suite)
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Elevées dans le même quartier populaire de Buenos Aires, elles avaient rejoint l’Europe à l’issue de leurs études de langues, qui leur avaient conféré une solide connaissance de l’Anglais et un goût immodéré du voyage, qu’elles n’auraient pu assouvir sans le premier des généreux amants de Luz. Walter les avaient contractées toutes deux comme secrétaires très particulières afin de leur obtenir le visa pour Londres, mais n’avait pu convaincre Miranda de suivre les traces prometteuses de sa petite camarade et s’était défait d’elle dans le mois qui suivit leur installation à Soho. Tant par culpabilité, selon Miranda, que pour ne pas se retrouver seule en terre étrangère, Luz pourvoit depuis à tous les besoins de son amie et l’entraîne dans chacune de ses aventures, au gré des changements de climat auquel la contraint la lassitude qui ne manque jamais, à terme, de condamner ses idylles tarifées. Sans l’y contraindre, elle laisse entrevoir à son amie les avantages de sa profession et espère secrètement qu’elle l’entraînera dans sa chute. Miranda, ignorante par ferveur amicale de ce sombre dessein, accepte ce curieux statut avec une désinvolture hypocrite, profitant des bienfaits d’un argent dont elle condamne la provenance et se satisfaisant de penser que sa présence est indispensable à Luz.
Pour l’heure, l’escale est andalouse et c’est le brave Javier qui régale. Brave, il l’est sans doute et à plus d’un titre, car en plus de s’être produit dans l’arène en son jeune âge, il a l’obligeance de laisser jouir de son bien les deux amies sans leur imposer sa présence, joviale certes, mais lourde de sous-entendus. Depuis maintenant trois ans que Luz a trouvé plus commode d’être convoitée puis cajolée par des hommes riches, les deux jeunes femmes ont visité les plus grandes capitales, séjourné dans les hôtels et les résidences les plus luxueuses et fréquenté le gratin de l’Europe Occidentale.
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